23/11/2016

Dans la Forêt

Dans la Forêt
 


Les feuilles jonchaient le sol, jaunes, brunes, rousses.
Sur le bois désert tombait une brume blanche,
Habillant d’un manteau les buissons et les branches.
On respirait un parfum d’humus et de mousse.


Je marchais tranquillement dans ce monde en deuil,
Et mes bottes s’enfonçaient dans la terre humide.
Devant moi furetait Malia, chienne intrépide,
Reniflant les troncs, poursuivant les écureuils.


Le sentier descendait, montait, tournait sans fin,
Suivait le cours d’un ruisseau, longeait un ravin.
On devinait, plus bas, un étang invisible.


Un petit pont semblait flotter sur l’eau paisible,
Et moi, je me perdais au sein de ce brouillard,
Heureux, n’espérant pas arriver quelque part…

 

  Jean-Paul Labaisse
  21 novembre 2016.

 

 

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Etang du Fer à Cheval

 

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Drève des Enfants Noyés

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23/05/2016

Neuf heures onze

Neuf heures onze

 


à la mémoire des victimes des attentats
 de Bruxelles du 22 mars 2016.

 


Dans le métro bondé, c’était l’heure du rush ;
Des cadres consultaient leurs mails sur des tablettes,
Un grand adolescent jouait à Candy Crush,
Un retraité lisait calmement sa gazette.


Mérode, Pétillon, Montgomery, Schumann…
Tous ces noms surgissaient dans le noir des tunnels.
Cette femme écoutait un morceau de Goldman,
Ce garçon fredonnait une chanson d’Adèle…


Et soudain, un grand bruit, une grande lumière,
Des corps sans vie couchés dans les éclats de verre,
Des visages sanglants au milieu des décombres.


Dispersés sur le sol, GSM et Smartphones
S’allument, vibrent longuement, clignotent, sonnent,
Puis s’éteignent, dans le silence et la pénombre…

 


22 mai 2016.

 

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07/04/2016

Sept heures cinquante-huit

Sept heures cinquante-huit

 

à la mémoire des victimes des attentats
 de Bruxelles du 22 mars 2016.

 

 

Ils étaient arrivés tôt à l’aéroport.
Istanbul, Kinshasa, Madrid, Washington, Londres…
Tous ces noms défilaient, changeaient dans la seconde.
Ils tenaient à la main visas et passeports.


L’un apercevait déjà la cité d’Angkor,
Cet étudiant partait à l’autre bout du monde,
Celle-ci s’endormait, tranquille, au bord de l’onde,
Cet homme rejoignait son épouse à Francfort.


Mais ils ne verront pas les lagons et les plages,
La lumière du soir sur les temples magiques,
Ils ne sentiront plus les parfums de l’Afrique.


Ils sont couchés sur le sol, près de leurs bagages,
Le visage éclairé par un soleil timide,
Et leurs passeports ont glissé de leurs mains vides...

 


29 mars 2016.

 

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L'oiseau du Ciel, de René Magritte, qui fut longtemps
l'emblème de la Sabena, compagnie d'aviation nationale belge

 

 

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22:50 Écrit par Jean-Paul dans Poèmes Intimes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Bruxelles

Bruxelles

 

à la mémoire des nombreuses victimes
des attentats de Bruxelles du 22 mars 2016.
Pourquoi tant de haine et d'intolérance ?

 

Le soleil se levait doucement sur Bruxelles.
Des amoureux s’embrassaient place de Brouckère ;
Au Mont des Arts chantaient des pinsons et des merles ;
Un vieillard somnolait sur un banc, solitaire.



Le soleil brillait et Bruxelles était si belle !
L’hôtel de ville scintillait sous la lumière,
Et l’on apercevait l’archange Saint-Michel
Terrassant le dragon de son épée de fer.



Mais des nuages noirs ont brusquement paru,
Obscurcissant le ciel et voilant le soleil.
Les amoureux ont fui, les oiseaux se sont tus…



Sur la Grand-Place s’écoule un ruisseau vermeil.
Saint-Michel, là-haut, verse des larmes amères
Qui tombent doucement sur les statues de pierre.

 


24 mars 2016.

 

Une version musicale du poème se trouve sur le site
 escapade poétique et musicale (merci à Automnale  et Jean-Marie)

 

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Saint-Michel terrassant le dragon,
au sommet de l'hôtel de ville de Bruxelles

 

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  Prudentia, une des statues du portail de l'hôtel de ville

 

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L'émouvant hommage de Plantu dans le journal le monde



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Photo prise ce 25 mars à midi, place de la Bourse...  

 

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25 mars à midi
 

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 L'hommage rendu aux victimes, le 23 mars, place de la Bourse 

22:36 Écrit par Jean-Paul dans Poèmes Intimes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

31/10/2015

Au Bois de la Cambre

 

Au Bois de la Cambre

 

 

C’est un bel après-midi au bois de la Cambre ;
Sur le gazon bien vert bronzent des jeunes gens,
Des filles profitant du soleil de septembre,
Des garçons torse nu, le sourire engageant.


On aperçoit des chiens qui gambadent gaiement,
Des bouts d’choux essayant de tenir sur leurs jambes,
Puis trébuchant dans l’herbe – aussitôt la maman
Console le bambin d’un bisou sur la tempe !


Dérivent sur le lac de paresseuses barques ;
 
Des canards, en famille, avancent dans l’eau grise.
Et moi, tranquillement, je me promène au parc,


Je retiens Malia qui, la truffe dans la brise,
Hume mille senteurs, renifle troncs et feuilles,
Faisant s’enfuir les vifs et gracieux écureuils.

 


Jean-Paul Labaisse, octobre 2015.

 

 

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copyright http://www.brusselspictures.com

 

 

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29/10/2015

Fabienne

 

Fabienne

 


 à la femme de ma vie…

 

 

Elle a les cheveux bruns et drus, de jolis yeux
Aux reflets verts – sont-ils marrons ou bien dorés ?
Une bouche petite et le menton carré,
Des mains à la peau douce, des poignets gracieux.


Dans le salon amoureusement décoré,
Elle a mis quantité de bibelots précieux,
Des statues, des bouddhas, des masques mystérieux,
Des éléphants en bois, des chameaux colorés.


Elle aime voyager, Europe, Asie, Afrique,
Découvrant Bangkok, Fès, la mer Adriatique,
S’égarant dans les rues d’immenses capitales…


Petit Poucet heureux, elle envoie dans le monde
Des billets charmants et joyeux, cartes postales
Qu’elle remplit de sa belle écriture ronde !

 

 

Jean-Paul Labaisse, 26 octobre 2015.

 

 

 

 

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Dans le Ciel

 

Dans le Ciel

 
 
d’après Beams, de Paul Verlaine

 
 

Elle voulut aller sur la voûte des cieux ;
Comme le vent soufflait et montait vers les nues,
Nous suivîmes gaiement cette belle inconnue,
Et nous voilà sur les chemins vertigineux.


Le soleil luisait haut dans le ciel transparent,
Et faisait scintiller sa chevelure blonde ;
Nous avancions, joyeux, loin des hommes du monde,
Qui semblaient si petits dans l’espace si grand !


Des oiseaux étonnés volaient autour de nous,
Des avions blancs filaient au-dessus de nos têtes,
Et nous suivions toujours cette blanche comète,
Humant dans son sillage un parfum vert et doux.


Elle se retourna, montrant son beau visage,
Se demandant peut-être où se trouvaient nos ailes ?
Mais nous voyant heureux d’être au ciel avec elle,
Elle reprit sa route au milieu des nuages.

 


Jean-Paul Labaisse, septembre 2015.

 

 

 

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Malia

 

Malia

  

 

Elle me regardait, de ses bons yeux tranquilles,

Lovée sur les coussins de son moelleux fauteuil, 
Le corps bien installé, les pattes immobiles,
Disant, à sa façon : toi, je te tiens à l’œil !


Elle inclinait vers la rue son museau gracile,
Observant, à travers les branches et les feuilles,

Les gens suivis de chiens joyeux et indociles, 
Le vol d’un étourneau, les bonds d’un écureuil.



Parfois, elle penchait sa tête rousse et blanche,
Humant l’air de sa truffe, agitant une oreille ;
Son poil semblait de cuivre et d'or dans le soleil. 


Elle tournait vers moi, en ce calme dimanche,
Ses grands yeux bruns bordés de noir, ses beaux yeux d’ambre,
Attendant sa promenade au bois de la Cambre.

  
Jean-Paul Labaisse, août 2015.

 

 

 

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22:17 Écrit par Jean-Paul dans Poèmes Intimes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

La Façade

La Façade

 


Le long d’une façade où s’ouvrent les fêlures,
Des dessins dévorés de mousses ont grandi,
Fleurissement de lierre aux folles chevelures
Germant et bourgeonnant sur ce vieux mur verdi.


Ce ne furent d'abord que d’herbus graffitis,
Aujourd’hui devenus fabuleuses gravures
Amusant des gamins effrontés, divertis
Par cette efflorescence aux fragiles nervures.


Ils bâtissent châteaux et palais enchantés
Dans ces fleurs du hasard aux profils tourmentés
Offrant un peu de rêve à leurs âmes blessées.


D’un trou sombre crevant la fraîche floraison
Sort une vieille, traits fanés, lèvres plissées,
Qui tire les enfants pauvres dans leur prison.


Jean-Paul Labaisse 1980-2009.

 

lierre

 

facade

Photo prise à Dubrovnik, merci à toi Luc !

22:12 Écrit par Jean-Paul dans Poèmes de Jeunesse | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Vermeer

Vermeer, boudoir discret, alcôve où se murmurent
En secret, des billets tendres, des mots d’amour,
Guitare, virginal, luth, dans le demi-jour,
Perles et bijoux fins, qu’ombragent les tentures.

 
 

 

Jeune Femme lisant une Lettre

 

Elle est debout devant la fenêtre, immobile,
Le visage effleuré par les premiers rayons ;
Le soleil du matin baise son front tranquille,
Le vent folâtre et frémit sur ses cheveux blonds.


Elle tient dans ses mains une lettre embaumée,
Qu’elle lit et relit, à la clarté du jour ;
Elle a bien reconnu la signature aimée,
Les mots tendres, les mots qui racontent l’amour !


Ô parfum de la lettre et son papier soyeux
Que l’on caresse, avec ferveur, du bout des doigts,
Ses feuillets que l’on plie et serre contre soi !


Ô la lettre reçue et ses accents joyeux,
Ses serments pleins de fièvre et d’ardeur, ses je t’aime,
Chanson douce à l’oreille et merveilleux poème !

 

 

Jean-Paul Labaisse 1996 – 2015

 

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Jeune femme lisant une lettre
Huile sur toile, 83 x 64 cm
Gemâldegalerie, Dresde

               

 

 

          La Jeune Fille à la Perle

 

 

    
     C’est une délicate et douce demoiselle.
     A son oreille luit une perle discrète ;
     Dans ses grands yeux rêveurs des clartés se reflètent.
     Elle ignore combien elle est gracile et belle...


     Un bonnet jaune et bleu enveloppe ses tresses.
     Elle tourne vers nous sa figure tranquille,
     Elle ne parle pas, elle attend, immobile. 
     On voit, dans ses yeux clairs, des lumières qui naissent…


     C’est une enfant de seize ou dix-huit ans, à peine,
     Qui découvre, en son miroir, sa beauté première ;
     Un sang bleuté, un sang fluide court dans ses veines.


     Ce sera une amante, une épouse, une mère.
     A cet instant, ce n’est qu’une très jeune fille,
     Dans la pénombre douce et dont le regard brille.

 

                                                            Jean-Paul Labaisse 1996.           

   

 

 

jeune fille à la perle

La Jeune Fille à la Perle, ou La Jeune Fille au Turban
Huile sur toile, 45 x 41 cm
Mauritshuis, La Haye

 

 

 

          La Dentellière

 

 

 


     Elle avance les doigts dans la lumière douce,
     Et sa nuque s’incline  et sa tête se penche ;
     Elle tisse, sans bruit, de ses belles mains blanches.
     Un rai de soleil fait briller ses boucles rousses.


     Sur le carreau de bois, elle a mis des bobines,
     Des fuseaux, du fil rouge et jaune, des aiguilles,
     Et ses doigts délicats, ses mains de jeune fille
     Touchent le doux tissu, frôlent l’étoffe fine.


     De l’écheveau de lin se forment des figures,
     Des feuillages légers, des lys, des ancolies,
     Des gerbes, des bouquets, des bordures jolies.


     Au milieu des festons, des feuilles, des nervures,
     Telle une fleur de soie, telle une frêle ombelle,
     Mystérieuse, naît la fragile dentelle.

 

                                                            Jean-Paul Labaisse 1997.

 

 

 

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Huile sur toile, 24 x 21 cm
Musée du Louvre, Paris

 

 

 

 

 

          Vue de Delft

 

 

 

     C’est une ville calme et douce, au bord de l’eau,             
     Où ralentit la vie, où les gestes s’enlisent ;
     Le fleuve réfléchit des formes imprécises,
     Des murailles, des tours, des barques, des bateaux.


     On devine les ponts au-dessus des canaux,
     Les maisons et les toits se mirant dans l’eau grise ;
     S’élancent vers le ciel les flèches des églises,
     Les clochetons, le haut beffroi, les lanterneaux.


     Sur la rive, debout, des silhouettes sombres,
     Immobiles parmi les reflets et les ombres ;
     Le temps se fige, ici, rien ne vit, rien ne bouge…


     Un rayon vient percer les nuages changeants,
     Et brille sur les murs jaunes, les briques rouges,
     L’altière Nieuwe Kerk et son clocher d’argent.

 

                                             Jean-Paul Labaisse 2000.

 

 

 

 

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Huile sur toile, 98 x 117 cm
Mauritshuis, La Haye

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

22:08 Écrit par Jean-Paul dans Tableaux d'une Exposition | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

La Chatte

 

La Chatte

 
 
à la mémoire de Puce

 

Elle était blanche et noire avec de grands yeux verts,
Et se tenait devant la fenêtre, immobile,
Observant calmement notre monde futile,
Les passants qui filaient, le parapluie ouvert.


La neige enveloppait doucement l’univers
D’un fin manteau fondant sur les pavés humides ;
La chatte regardait fuir ces formes livides,
Et les phares brillaient dans le froid de l’hiver.
 
 
Elle était bien au chaud derrière la fenêtre,
S’étonnant de ce triste et singulier cortège,
De ces gens qui peinaient dans la pluie et la neige…


La chatte se blottit dans les bras de son maître,
Bienheureuse, clignant ses yeux verts et limpides,
Ses grands yeux remplis d’or et de jade liquides.

 

 

Jean-Paul Labaisse, août 2015.

 

 

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Coucher de Soleil en Zélande

 

Coucher de Soleil en Zélande

 




Le soleil se couchait doucement sur la mer ;
On voyait des voiliers, de blanches goélettes,
Des cargos aux flancs noirs, des porte-containers,
Des chalutiers montrant leurs sombres silhouettes.


Sur le sable mouillé se posaient des mouettes,
Marchant à petits pas sur l’estran découvert ;
Un vent léger soufflait une frêle ariette
Qui s’envolait au loin sur les flots gris et verts.
 
 
Les vagues se couvraient d’or, d’argent et de cuivre ;
L'océan reflétait l’éclat de mille flammes,
Tremblant et palpitant, tels des papillons ivres.


Les goélands criaient du haut des brise-lames,
Et le soleil, joyau d’ocre et de sang zébré,
S’enfonçait lentement sous l’horizon ambré.

 


 Jean-Paul Labaisse, septembre 2015.

 

 

 

 

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photos de Fabienne Corthals, à Zoutelande

 

 

 

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Le Dormeur de Bodrum

 

Le Dormeur de Bodrum

  
à la mémoire d’Aylan, innocente victime de la bêtise des hommes...

Merci à Arthur Rimbaud pour sa collaboration.

 
 

C’est une plage de sable où bruissent les vagues
Et fredonne le vent sous le ciel translucide ;
C’est un coin oublié, un lieu paisible et vague
Où l’on sommeille et rêve au bord de l’eau limpide.


Un jeune enfant, tee-shirt rouge, pantalon bleu,
Les cheveux caressés par la mer fraîche et douce,
Dort ; il est allongé dans le sable moelleux,
Pâle dans son lit blond où la lumière mousse.


Les pieds bercés par l'onde, il dort. Souriant comme
Sourit un enfant de trois ans, il fait un somme,
Cajolé tendrement par mille rayons d’or. 

 

C’est un petit garçon à la tête bouclée
Qui dort dans le soleil, les bras le long du corps,
Tranquille. Ses poumons sont remplis d'eau salée. 

 

 Jean-Paul Labaisse, 3 septembre 2015.

 

 

  

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Le Messager

 Le Messager

 
   
Par un matin d’été renaissant dans le ciel,
Un oiseau, le regard tendre et mélancolique,
Blanche apparition de l’aube bucolique,
Est venu me surprendre en mon rêve éternel.


La brise ébouriffant son plumage incolore,
Il dirigeait vers moi sa tête au teint vermeil,
Et semblait me sourire en ses yeux de soleil,
Le gosier frissonnant dans le froid de l’aurore.


Messager d’un espoir dont je ne savais rien,
Il se tenait au cœur d’une pure lumière,
Caressant de rayons ma chambre de misère,
Soudainement ouverte à son souffle aérien.


Je savais qu’il venait des empires funèbres
Où il avait pu lire, en de sombres miroirs,
Le reflet de ma vie inscrit dans les cieux noirs,
Destin abandonné par les dieux aux ténèbres.


Il avait traversé les éthers ignorés,
Où des astres brillants font leurs parfaites rondes,
Tournant sans fin autour d’étoiles vagabondes,
Et baignés par l’ardeur de soleils mordorés.


Issu de la douceur de la clarté lunaire,
Il avait dû fermer les yeux dans un sommeil
Tout miroitant d’un songe au mirage vermeil,
Pour revivre au sommet de l’arbre millénaire.


Il avait chaviré sous le ciel tournoyant
Qui, chaque soir, chuchote aux plus vagues nuages,
Les douloureux décrets, les frémissants messages
De Celui qui gouverne Infini et Néant.


Peut-être savait-il la nuit inconsolée
Du renouveau de l’âme, au-delà de la mort,
Au moment où, paisible et libre de remord,
Elle part calmement vers la divine allée ?


Et sans doute était-il l’oiseau de paradis,
Poète sidéral revenu sur la terre,
Afin de murmurer le secret trinitaire
Des archanges peuplant les limbes interdits ?


Il avait embrassé la brume ensorcelée
Des royaumes défunts, où des spectres lointains
Montrent leurs fronts blafards et leurs regards éteints,
Passagers immortels du dernier mausolée.


Sa mémoire n’était que corridors princiers,
Et son sublime esprit tout peuplé de délire
Connaissait l’Inconnu, que rien ne peut traduire,
Ni les Mages nouveaux, ni les anciens Sorciers.


Je pensais qu’il voulait me conter son voyage
Dans l’espace et le temps, au cœur de l’univers,
Où vont mourir, auprès des territoires verts,
Les animaux sacrés, les hommes de courage.


Et même, je croyais qu’il me dirait enfin,
La vérité sur les choses et sur les êtres,
La clarté qui s’enfuit des célestes fenêtres,
Le visage de Dieu dans le ciel souverain.


J’ai doucement parlé à l’oiseau de mystère,
Modulant ma pensée au rythme de son cœur,
Approchant de mes mains son corps plein de vigueur,
Pour lui faire entrevoir mon âme solitaire.


Le divin messager ne m’a pas répondu,
Il a baissé ses yeux d’où s’écoulaient des larmes,
Et s’échappa léger, dans un envol de charmes,
Très loin, vers l’horizon immense et défendu. 


L’oiseau ne m’a laissé qu’une plume soyeuse,
Scintillant dans les rais d’or du soleil levant,
Et qu’un filet de brise, une haleine de vent,
Agitait faiblement dans l’aube merveilleuse.


Reviendras-tu bientôt, frère au tendre regard,
Par un matin d’été plein de douces lumières,
Interrompre mon rêve, et ouvrir mes paupières
Sur un monde plus beau, sur un ciel sans brouillard ?

  
Jean-Paul Labaisse, 1983.
corrigé en 2015.




Adieu à l'Enfance


 

Ô toi qui fus l’ami de mon enfance,
Tu disparus un jour de grand soleil ;
Tu me fis découvrir les fruits vermeils
Qui naissent dans les fleurs de l’innocence.


Je ne puis oublier la nuit limpide
Où tu m’appris le monde et ses trésors ;
Les étoiles pleuraient des larmes d’or,
Les soleils traversaient le ciel livide.


Avec toi je n’ai plus connu la peur
De l’horizon noir et de ses mystères ;
Tu m’as emporté loin de notre terre,
Me serrant contre toi et ta chaleur.


Seul, j’ai grandi sous ton ombre géante,
Sans me préoccuper de l’avenir ;
Je n’ai pas su que tu devais partir
Là-bas, vers l’horizon et ses tourmentes.


Pourtant, tu viens parfois hanter mes rêves
Sous forme d’un oiseau aux yeux brillants ;
Tu ne me dis plus rien et, en pleurant,
Tu t’enfuis, sans un bruit, vers d’autres grèves.

 

 Jean-Paul Labaisse 1983.

 

 

 

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Ignacio Pinazo Camarlench - Paloma

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14/09/2014

Mutshatsha

Mutshatsha            

 

C’est un poste de brousse au fond du Katanga,
Quelques maisons le long d’une route sans vie,
Le sol rouge strié de noir, l'herbe jaunie,
Le ciel démesuré… Ici, c’est Mutshatsha.


La gare semble vide, on voit des wagons plats,
Des quais déserts, des trains et des locomotives,
Qui porteront demain le cobalt et le cuivre
Vers Lobito, vers l’Atlantique et l’Angola…


J’ai quitté le chemin et je marche au hasard,
Tranquille, j’aperçois des fourmis, des lézards,
De légers papillons montrant leurs ailes blanches.


Je respire la bonne odeur du bois brûlé,
J’écoute frissonner les feuilles et les branches,
Et je m’endors blotti près d’un arbre isolé…

 

                                        septembre 2014.

 

                                                             

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07/09/2014

Rayon d'Hiver

Rayon d’Hiver




Rappelle-toi, Maman, ferme un instant les yeux…
Ton départ au Congo, lointaine colonie,
La venue des enfants et leurs rires joyeux…
Combien de temps, déjà, combien de décennies ?


Maman, prononces-tu parfois ces noms magiques,
Port-Francqui, Mutshatsha, Likasi, Bukavu ?
Rappelle-toi ces fruits et ces fleurs magnifiques,
L’ocre du Katanga, le bleu du lac Kivu…


Mais l’Afrique pâlit lentement, comme un rêve
Qui s’évapore et fuit quand le soleil se lève,
Un livre un peu étrange aux pages effacées…


Dors tranquille, Maman… Par la vitre glacée,
Un rayon tendre et doux effleure tes paupières,
Et pose sur ton front un baiser de lumière…

 

                                                 septembre 2014,
                                                 80ème anniversaire de Maman.

 

1956 2.jpgphil michel 1.jpgveronique 2.jpg1969 à Jodoigne.jpg1988 Valérie.jpg1994 Noces 40 ans 1.jpg2008 communion Hannah.jpg      

 

 

 

 

 

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06/06/2011

Un Endroit tranquille

 

Un Endroit tranquille




C’est un endroit tranquille où chuchotent les arbres,
Où chantent doucement des oiseaux invisibles ;
Le soleil fait briller les pierres et les marbres,
Et réchauffe ceux qui sont couchés là, paisibles.


C’est un lieu de silence, à l’écart de la route,
Que bornent de hauts murs envahis par la mousse ;
On y flâne, on s’y perd, on rêve un peu, on doute…
Dormirons-nous demain sous cette herbe si douce ?


Je lis ce nom inscrit à jamais sur la pierre,

Jean Labaisse, ces deux dates froides et vaines…
Combien de jours heureux, dis-moi, combien de peines ?
 

Tu reposes ici, tranquille, toi mon père,
Dans cet endroit secret où chantent les oiseaux,
Dans ce lit de terre aussi tendre qu’un berceau.



Juin 2011.

 

 

2010 fete des pères 2.jpg

 

 

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31/10/2010

Brise de Nuit

Brise de Nuit





Je ne toucherai plus ta main aux doigts fragiles,
Je ne verrai plus le bleu de tes yeux limpides,
Tes beaux cheveux d’argent, ton visage et tes rides,
Non, je n’entendrai plus ta voix chaude et tranquille…


Désormais, la maison semble bien grande et vide,
Et ton bureau est plein d’une pénombre grise ;
Près de ton vieux fauteuil, on sent comme une brise
Qui passe doucement, soupir faible et timide.


Sur le jardin rempli de fleurs à peine écloses
Souffle un zéphyr secret, une haleine embaumée
Qui berce les buissons, les arbres et les roses.


Je marche dans la nuit paisible et parfumée,
Et je sens dans mon dos que s’approchent des pas,
Et j’entends une voix qui me parle tout bas…


à la mémoire de mon père,
décédé le 11 août 2010.

 

papa.jpg

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03/06/2010

Nu Couché (Modigliani)

Nu Couché



Modigliani, fronts et bouches énigmatiques
Odalisque aux grands yeux calmes et résignés,
Jeune femme endormie en un lit chiffonné,
Telle une fleur triste, et douce, et mélancolique



Elle a des cheveux de jais, de grands yeux éteints,
Des cils allongés, des pupilles pleines d’ombre ;
Le nez est mince et droit, la bouche d’un sang sombre,
L’épaule fragile et le cou semble si fin.


Sur le lit étendue, elle dort, elle gît,
Cheveux fluides, yeux mi-clos, la tête immobile,
Bras et mains abandonnés, les jambes tranquilles,
Et l’on ne sait quel songe embaume son esprit.


C’est une femme d’ailleurs, sans passé, sans âge ;
Elle pèse si peu, dans le courant du monde,
Et son corps glisse et vogue au fil léger de l’onde…


Rien ne vient déranger son sommeil sans nuages ;
Aucun homme, aucun dieu ne devinent ses rêves,
Ses immenses désirs, ses voluptés trop brèves.


Jean-Paul Labaisse 1998. 

  

 


Nu couché

Nu couché les bras croisés derrière la tête
Huile sur toile, 60 x 92 cm
Collection privée


nu couché 2

Le Grand Nu
Huile sur toile, 73 x 166cm
Museum of Modern Art, New-York

 

15:28 Écrit par Jean-Paul dans Tableaux d'une Exposition | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

L'Empire des Lumières (Magritte)

L'Empire des Lumières

 


Magritte, grand ciel bleu tapissé de nuages,
Cavaliers égarés parmi les arbres blêmes,
Seins, troncs, rocs, dans l'azur, images et mirages…
- Ceci n'est pas un vers, cela n'est point poème…

 

 



     Cette maison déserte, et ces grands arbres noirs....
     Quelle heure est-il ? Sommes-nous au matin, au soir ?
     Personne ne vient, personne ne passe, ici,
     En ce lieu incertain, où nul soleil ne luit...


     Est-ce la nuit , le jour, l’aube, l’après-midi ?
     A l’horloge, midi sonne... Non, c’est minuit...
     Ni lune, ni soleil, seulement des nuages,
     Et le ciel limpide, en l’étrange paysage....


     Une lampe scintille , à peine, à la fenêtre,
     Et ses faibles rayons baignent la nuit profonde...
     O cette clarté pâle et douce, au cœur du monde !


     Dormons-nous, rêvons-nous ? Est-ce un songe, peut-être ?
     Quelle heure, de quel jour ? Dimanche, ou bien lundi ?
     A l’horloge, minuit sonne... Non, c’est midi...

 

 

Jean-Paul Labaisse 1999.


 

 

empire_lumiere


1954, Huile sur Toile, 146 x 114 cm
Bruxelles, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique

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19/12/2009

Hannibal (Tite-Live)

Hannibal

 

 

Hannibal monnaie 1

Pièce de deux shekels en argent exposée au British Museum

 

 

 

I La Traversée des Alpes

 

« On arriva ensuite à une roche beaucoup plus étroite encore, et si escarpée, que les soldats, sans armes, sans bagages, sondant la route à chaque pas, se retenant avec les mains aux broussailles et aux souches qui croissaient à l'entour, avaient une peine infinie à la descendre. L'endroit, déjà fort raide par lui-même, l'était devenu bien davantage par un éboulement de terre tout nouveau,qui avait formé un précipice d'environ mille pieds de profondeur. »

Tite-Live

 

 


Lui, c’était Hannibal Barca, fils d’Hamilcar ;
Il avançait, montant un éléphant splendide,
Et ses troupes suivaient, des cavaliers numides,
Des fantassins gaulois, de valeureux soudards.


Le vent du Nord soufflait, cinglant comme un blizzard ; 
Devant eux s’élevaient des crêtes et des cimes,
Des torrents, des glaciers et des lacs, des abîmes,
Des gorges, des ravins noyés dans le brouillard.


Ils marchaient à grand-peine, ils glissaient dans la neige,
Et l’on voyait passer cet étrange cortège,
Eléphants et chevaux se mélangeant aux hommes…  


Dressé sur sa fameuse et superbe monture,
Hannibal, seul en tête, allait à bonne allure,
Rêvant de l’Italie et des remparts de Rome.

 

 

Hannibal Alpes Turner

Turner, Hannibal et son armée traversant les Alpes, 1810-1812
144,7 × 236 cm, Tate Gallery

 

 

 

 

II La Bataille de Cannes

 

 

« Le lendemain, dès qu'il fait jour, les Carthaginois se mettent à ramasser les dépouilles, et à contempler le carnage, affreux même pour des ennemis. Là gisaient des milliers de Romains, fantassins et cavaliers, pêle-mêle, comme le hasard pendant le combat les avait réunis,ou pendant la fuite. »

Tite-Live

 



Ils avaient rassemblé des soldats, par milliers,
Romains, Carthaginois, Celtes, légionnaires ;
Hannibal saluait ses vaillants mercenaires,
Le consul exhortait ses fidèles alliés.


Ce fut un dur combat entre les cavaliers ;
Les chevaux se cabraient, secouaient leurs crinières,
Et leurs sabots frappaient les fantassins ibères ;
On voyait resplendir glaives et boucliers.


Cernés par les Gaulois, attaqués sur leurs flancs,
Les Romains reculaient, résistaient, intrépides ;
Paullus ne bougeait plus, la figure livide…


Le soleil se couchait, à l’horizon sanglant,
Et ses rayons ambrés, tel un suaire d’or,
Enveloppaient  la plaine où gisaient tant de morts.

 

 

Hannibal Cana


Sébastien Slodtz, Hannibal comptant les anneaux des
chevaliers romains tombés à la bataille de Cannes, 1704
Musée du Louvre

 

 

 

 

III Les Délices de Capoue

 

 

 

« L'excès des maux les avait trouvés invincibles; ils furent sans force contre les délices de voluptés immodérées, et d'autant plus enivrantes, qu'ils les ignoraient. Aussi s'y précipitèrent-ils avec fureur. Le sommeil, le vin, les festins, les débauches, les bains et le repos, que l'habitude rend de jour en jour plus attrayants, les énervèrent à un tel point, qu'ils se défendirent dans la suite plutôt par leurs victoires passées que par leurs forces présentes.»

 

Tite-Live

 

 

 

C'était une cité pleine de bruits, d'odeurs,
Où passait une foule aux robes défraîchies,
Des soudards, des putains, de belles affranchies,
Des hommes avinés, des filles sans pudeur.


Des lupanars sortaient des rires, des clameurs,
Des murmures lascifs, des plaintes assourdies ;
Les soldats caressaient des croupes rebondies,
Et les corps se mêlaient, inondés de sueurs.


Sous la lune, Hannibal songeait à ses conquêtes,
Et voyait devant lui s’ouvrir le Capitole…
Dans le ciel étoilé brillait une comète.



Il s’endormit, rêvant de sa belle Espagnole,
Dont les longs cheveux blonds, dans la nuit argentée,
Flottaient comme un ruisseau d’or sous la Voie lactée.

 

 

 

Pompéi.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Fresque érotique sur un mur de Pompéi

 

 

 

IV  La Mort d'Hannibal

 

 

« Hannibal essaya de fuir par une porte dérobée, qu'il croyait avoir cachée à tous les yeux. Mais voyant qu'elle était aussi gardée, et que toute la maison était entourée de gens armés, il se fit donner le poison qu'il tenait depuis longtemps en réserve pour s'en servir au besoin.[…]
Après avoir maudit la personne et le trône de Prusias, et appelé sur sa tête le courroux des dieux vengeurs de l'hospitalité trahie, il but le poison. Telle fut la fin d'Hannibal. »

Tite-Live

 

 

Nostalgique, Hannibal évoque son destin…
Carthage et Mégara, leurs jardins légendaires,
Les rudes bivouacs, la gloire militaire,
Les parfums de Capoue et les charmes latins…  


Dans la pénombre, il sent comme un souffle incertain…
« Est-ce vous,  Hasdrubal, Magon, mes jeunes frères ?
Serait-ce toi, Himilce, ô ma princesse ibère ?  
D’où venez-vous ainsi, de quel monde lointain ? »


L’homme voit les soldats qui cernent la maison ;
Il prend sa lourde bague, en ouvre le chaton.
Il s’allonge à nouveau, il fait un dernier somme…


Il aperçoit des champs, tout un ciel azuré,
Une ville aux frontons vermeils, aux murs dorés…
Il entre, triomphant, dans la cité de Rome.

 

Jean-Paul Labaisse, novembre 2009 - août 2010.

 

 

Hannibal buste

Hannibal, Buste en marbre (Musée archéologique national, Naples)

 

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11/11/2009

Mort à Venise (Mann)

Mort à Venise



« Sa démarche, le maintien du buste, le mouvement des genoux, la manière de poser le pied chaussé de blanc, toute son allure était d'une grâce extraordinaire, très légère, à la fois délicate et fière […] »

Thomas Mann



Une gondole passe et glisse dans Venise,
Sans bruit, parmi les quais et les ponts indistincts ;
De la lagune monte un chant triste et lointain,
Rêveuse sérénade ou barcarolle exquise.


De sa chambre, Aschenbach découvre les églises,
L'orbe majestueux des dômes byzantins,
Les arches, les pontons, les pilotis déteints,
Les palais endormis dans la brume indécise.


Sur la plage déserte, un enfant de treize ans,
Les cheveux blonds, de grands yeux clairs, des traits plaisants,
Des poignets délicats, de graciles chevilles...


Aschenbach le contemple et bercé par la brise
Il s’endort doucement – les étoiles scintillent
Sur l’eau des canaux noirs, dans Venise la grise.


Jean-Paul Labaisse, novembre 2009.

 

 

 

Mortà Venise

 

 

Mortà Venise 2

 

 

Mortà Venise 3

 

 

Mortà Venise 4

L'affiche américaine du film de Visconti (1971), avec Björn Andresen (à droite)

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16/10/2009

Robinson Crusoé (Defoe)

Robinson Crusoé

 


« Ma situation m’apparaissait sous un jour affreux ; comme je n’avais échoué sur cette île qu’après avoir été entraîné par une violente tempête hors de la route de notre voyage projeté, et à plusieurs centaines de lieues de la course ordinaire des navigateurs, j’avais de fortes raisons pour croire que, par arrêt du ciel, je devais terminer ma vie de cette triste manière, dans ce lieu de désolation  »

Daniel Defoe

 

 

C’est une île où le vent paresse et s’abandonne,
Où nichent les toucans, les aras, les faucons ;
La mer reprend sans fin sa plainte monotone,
Et l’eau semble si douce et si bleus les lagons….


Debout sur la falaise, un homme à l’œil atone,
Le regard dirigé vers le morne horizon ;
Il fixe l’océan qui blanchit et moutonne,
Rêve devant les flots encerclant sa prison…
 

Mais que voit-il, au loin ? Est-ce un rêve, un mirage ?
La brise du matin gonflant ses voiles blanches,
Un navire, au soleil, cingle vers le rivage.

Il gagne lentement sa cabane de branches,
Et s’endort, bras pliés, comme un petit enfant,
Bercé par la chanson des vagues et du vent…


Jean-Paul Labaisse, octobre 2009.

 

robinson_crusoe

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15/09/2009

Salammbô (Flaubert)

Salammbô


I Le Festin

 

« C'était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Hamilcar. Les soldats qu'il avait commandés en Sicile se donnaient un grand festin pour célébrer le jour anniversaire de la bataille d'Eryx, et comme le maître était absent et qu'ils se trouvaient nombreux, ils mangeaient et ils buvaient en pleine liberté.. »

 

Gustave Flaubert

 

 

C’était un grand festin que donnait Hamilcar.
Les soldats s’installaient au jardin, pêle-mêle,
Les Libyens, les Gaulois aux longs cheveux rebelles,
Les Ligures, les Noirs, les Grecs, vaillants briscards.
 

On amena des paons, des oryx, des canards,
Des chevreaux cuits au vin, des gigots de chamelles
Sentant bon le safran, le cumin, la cannelle…
Sur les brasiers fumaient d’épais morceaux de lards.  


Au sommet du palais apparut une femme ;
Son visage brillait sous l’éclat des flambeaux.
Des soldats murmuraient  : « Voyez, c’est Salammbô ! »


Mâtho la contemplait, les yeux remplis de flammes ;
Cette forme, très loin, qu’il devinait, était-ce
Didon, Isis, Tanit ? – ô ma Reine, ô Déesse !

 

 

Mucha 1896

Salammbô, Mucha 1896

 

II Salammbô

 


« Elle dormait la joue dans une main et l’autre bras déplié. Les anneaux de sa chevelure se répandaient autour d’elle si abondamment, qu’elle paraissait couchée sur des plumes noires, et sa large tunique blanche se courbait en molles draperies jusqu’à ses pieds, suivant les inflexions de sa taille. »
                                                             Gustave Flaubert


La lune se levait doucement sur Carthage.
Une ombre escalada l’enceinte du palais,
Traversa l’atrium où des torches brûlaient,
Fila vers la terrasse et le dernier étage.
 

La princesse dormait, son pâle et pur visage 
Baigné de fins rayons… Est-ce qu’elle rêvait ?
Mâtho le mercenaire était à son chevet,
Tout frissonnant devant cette fille sauvage.


Il se pencha vers elle, effleurant ses cheveux.
Elle se réveilla soudain, ouvrit les yeux :
Quelle était cette voix lui caressant  l’oreille


Et chuchotant ces mots si doux, ces mots si beaux ?
Il prit sa main, fixa longuement Salammbô,
Puis disparut, sans bruit, dans l’aurore vermeille.

 


Prouve_Salammbo

Victor Prouvé (1867-1947) en collaboration avec Camille Martin (1861-1898) et René Wiener (1855-1939)
Reliure de Salammbô, 1893
Musée de l'Ecole de Nancy

 

 

III Mâtho

 

« Il arriva juste au pied de la terrasse. Salammbô était penchée sur la balustrade ; ces effroyables prunelles la contemplaient, et la conscience lui surgit de tout ce qu'il avait souffert pour elle. Bien qu'il agonisât, elle le revoyait dans sa tente, à genoux, lui entourant la taille de ses bras, balbutiant des paroles douces ; elle avait soif de les sentir encore, de les entendre ; elle ne voulait pas qu'il mourût ! »

Gustave Flaubert

 

 

Carthage célébrait une splendide fête.
On avait ravivé les couleurs des frontons,
Décoré l’agora de fleurs et de festons.
Salammbô se tenait à côté du Suffète.


Un homme était debout, l'œil fier, dressant la tête ;
On reconnut Mâtho, bien qu’il fût en haillons.
La foule l'insultait, lui lançait des tessons,
Des pierres... Il allait, traqué telle une bête.


Sa peau brûlait, ses chairs s’en allaient en lambeaux.
Le front saignant, Mâtho regardait Salammbô ;
Il s'approcha, voulut lui dire quelque chose...


Il marcha, trébucha, tomba - il était mort.
Salammbô tressaillit, toute blême, et son corps                    
S’affaissa sur le marbre aux dessins noirs et roses.

 

Jean-Paul Labaisse août - septembre 2009.

 

 

 

Bussiere,Gaston_-_Salammbo,_1907

Gaston Bussière, Salammbô 1907

 

 

salammbo jeux

Salammbô, dans un jeu PC signé The Adventure Company, inspiré de Flaubert et de Druillet...

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31/08/2009

Une Flamme

 

Dans la profonde nuit, le poète réveille
Celui qui ne dort pas et que l’aube vermeille
Surprend en train de lire un texte bien-aimé.
Toute la poésie est dans la douce flamme
Qu’elle suscite en nous et l’homme déprimé
Rallume à sa chaleur le foyer de son âme.

 

Jean-Paul Labaisse

 

 

 

fond-ecran-bougie

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10/08/2009

Le Songe d'une Nuit d'Eté (Shakespeare)

     Le Songe d’une Nuit d’Eté

 

« Ombres que nous sommes, si nous avons déplu,
Figurez-vous seulement (et tout sera réparé)
Que vous n’avez fait qu’un somme,
Pendant que ces visions vous apparaissaient.
Ce thème faible et vain,
Qui ne contient pas plus qu’un songe,
Gentils spectateurs, ne le condamnez pas… »

                                     Shakespeare

 

 

Au bois ils sont venus, graciles, les fairies,
Le puissant Obéron, la frêle Titania,
Puck, le fragile et fol acrobate, Helena,
Lysandre, qui frémit, qui ronfle, en la prairie.


Et tous de s’étourdir, et de se disputer,
De se battre, gaiement, de fuir et se poursuivre
Sous les clartés de lune – on dirait qu’ils sont ivres,
Qu’ils semblent fous, ô les amoureux de l’été !


Titania s'allonge et s'endort dans la clairière,
Le visage baigné d’une douce lumière ;
Un merle amoureux, très loin, siffle et fait ses trilles.


Elle dort en son lit d’herbes et de jonquilles,
Pendant que les lutins, les elfes, les sylphides,
Vont et viennent, voltigent, dans l’aube limpide.




                                            Jean-Paul Labaisse 1993 – 2009.

 

Songe d'une nuit d'été

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12/07/2009

Notre-Dame de Paris (Hugo)

Notre-Dame de Paris





« Elle dansait ainsi, au bourdonnement du tambour de basque que ses bras ronds et purs élevaient au-dessus de sa tête, mince, frêle et vive comme une guêpe, avec son corsage d'or sans pli, sa robe bariolée qui se gonflait, avec ses épaules nues, ses jambes fines que sa jupe découvrait par moments, ses cheveux noirs, ses yeux de flamme… »

Victor Hugo

 

Il était monté tout en haut de Notre-Dame,
Se tenant, essoufflé, près du lourd carillon.
L’infirme caressait le fabuleux bourdon
Et la vue de Paris émerveillait son âme…


Sous ses pieds s’étendaient la Seine et ses bateaux,
L’île de la Cité, ses places, ses venelles,
Les flèches et les tours, tranquilles sentinelles...
Plus loin, c'était Montmartre et ses charmants coteaux.


Quasimodo pencha la tête et regarda :
Sur le parvis dansait la belle Esmeralda,
Créoles, caraco doré, châle vermeil.


Et le bossu, parmi les gargouilles sévères,
Les griffons, les serpents, les guivres, les chimères,
Rêvait d’un peu d’amour et d’un rai de soleil…

 

Jean-Paul Labaisse, juillet 2009.
merci à Fabienne.

 

 

chimère

 

 

garg

 

gargouilles5

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06/07/2009

Don Quichotte (Cervantès et Picasso)

          Don Quichotte



« Là-dessus ils découvrirent trente ou quarante moulins à vent qu'il y a en cette plaine, et, dès que don Quichotte les vit, il dit à son écuyer :' La fortune conduit nos affaires mieux que nous n'eussions su désirer, car voilà, ami Sancho Pança, où se découvrent trente ou quelque peu plus de démesurés géants, avec lesquels je pense avoir combat et leur ôter la vie à tous… »


Miguel de Cervantès

 

Don Quichotte et Sancho, par un joli matin,
Partirent délivrer la veuve et l’orphelin,
L’un sur son vieux cheval, le second sur son âne,
Traversant les sierras où les éperviers planent.


Ils chargèrent tous deux d'invincibles géants,
Aux bras monstrueux – C'étaient des moulins à vent !
Face à des malandrins, ce fut grande bataille
– On trouva vingt moutons qui perdaient leurs entrailles…


Don Quichotte voyait partout des chevaliers,
De nobles châtelains, des mages, par milliers ;
Sancho, lui, distinguait bergers et paysans…


Et le vieil hidalgo, dans la nuit parfumée,
Rêvait qu’il emportait, sur son fier alezan,
Dulcinée du Toboso, dame tant aimée…



Jean-Paul Labaisse, juin 2009.
(merci à Fabienne)

 

 

don-quichotte

Lithographie, 65 x 50 cm

 

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26/06/2009

Aïda (Verdi)

             Aïda


d'après Verdi

                                       

Sous le temple d'Isis, loin de toute lumière,
Radamès est couché, les yeux perdus dans l'ombre.
Quel silence, quel calme, en la douce pénombre !
Rien ne trouble la paix de ce tombeau de pierre.


Allongé dans la nuit, Radamès se souvient...
Les combats glorieux, les oriflammes d'or,
Les tambours, les buccins, les trompettes, les cors,
Le triomphe, au soleil, sur un charroi d'airain !


Auprès de Radamès, une forme gracile
Respire faiblement, et son souffle fragile
Parfume le tombeau comme un baiser de brise.


Dans la prison de roche, en la nuit la plus grise,
Le prince Radamès voit briller, sous un voile,
Les yeux sombres d'Aïda, lumineuses étoiles.

 

                                                   Jean-Paul Labaisse 1991.

 

 

aida 2

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21/06/2009

La Traviata (Verdi)

Un temple où la divine et folle comédie
De la vie avec faste et fracas retentit,
Parmi les courtisans et les bouffons : Verdi,
La passion, la mort, la noble tragédie.

 

                La Traviata

                                        

     C'est une courtisane, aux amours éphémères
     Et multiples; dans son salon, elle reçoit
     Des étudiants joyeux, de vifs quinquagénaires,
     Des barons, des médecins, des hommes de loi.

     Il en est un plus jeune, et moins bête, et plus beau
     Que ses soupirants d'un jour : cet ange s'appelle
     Alfredo, il a des mains de femme, une peau
     Blanche et fragile, une bouche aux lèvres charnelles. 
  

     Brusquement, Alfredo la quitte ; il fuit la ville,
     L'abandonnant à sa vie frivole et facile...
     Elle pleure longtemps l'amant indélicat.


     Dans sa poitrine frêle, une douleur grandit,
     Et lui mord le cœur, pendant que s’épanouit
     L’odeur douce, l’odeur fade des camélias.

 

                                                   Jean-Paul Labaisse 1991-2009.

 

la traviata 3

 

la traviata 2

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