22/05/2018

20 rue de Septembre

20 rue de Septembre

 

 

à mes grands-parents, Juliette et Victor.

 

 

Je revois la maison, au 20 rue de Septembre,
Son raidillon menant aux rosiers négligés,
Son grenier plein d’objets anciens et mélangés,
Son salon, ses couloirs labyrinthiens, ses chambres.


Les fauteuils sommeillaient, tapis sur le sol sombre,
Et j’entendais gémir les buffets imposants ;
Des masques africains, yeux clos, le front luisant,
Chuchotaient sur les murs indistincts, noyés d’ombre…


J'observais, exposés dans un désordre étrange,
Des bibelots venant du Brésil, du Congo,
Des lampes du Maroc, des paniers indigo,
Des têtes Baluba, des tajines orange.


Un piano traînait dans un bureau sans âge ;
Je m'asseyais, ouvrant le couvercle verni,
Laissant courir mes doigts sur l'ivoire jauni.
Une horloge sonnait, quelque part à l'étage.

Tremblant, je traversais une petite salle :
Un crocodile, gueule ouverte, cou puissant,
Me fixait de ses yeux clairs et phosphorescents !
Tout en haut s'étalait une horrible mygale...


Dans la cave brillaient les chromes et les phares
D’une belle Allemande ! On devinait des sacs,
Des pinces, des rabots, des étaux, bric-à-brac
Fameux, trésor d’outils poussiéreux et bizarres…


Bobonne s’affairait, recluse en sa cuisine ;
Lunettes sur le nez, front penché, l’air sérieux,
Grand-père consultait un cahier mystérieux.
Moi, je faisais semblant de lire un magazine !


Je folâtrais parmi les arbres du verger,
Ramassant une pomme, une prune, une poire,
Un beau scarabée à la carapace noire.


Je revenais enfin, sans bruit, le pas léger.
Parrain fermait les yeux, courbant sa tête blanche ;
Grand-mère préparait le lapin du dimanche.

Ravi, je m'installais auprès d'oncle Roger,
Qui me lisait un livre et en tournait les pages,
Lentement ; fasciné, j'admirais les images !


Dans le grenier, j’ouvrais des cahiers, des recueils,
De lourds et vieux albums, des fardes bien remplies,
Reconnaissant Papa sur des photos pâlies !


Mes grands-parents, plus tard, dormaient dans leurs fauteuils ;
Leurs ronflements montaient, envahissaient l’espace !
Bobonne était l’alto, Parrain faisait la basse…


En fin d’après-midi, je foulais le gazon,
Puis me hissais sur la grinçante balançoire,
Allant très haut, heureux comme sur une foire !


Je vous revois, debout devant votre maison ;
Vous me donnez la main, dans la lumière grise,
Et tombe la nuit douce, et se lève la brise…

 

mai 2018.

 

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La maison de mes grands-parents, 
20 rue de Septembre, à Jodoigne.

  

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Mes grands-parents, en 1947, avec leurs trois fils,
Paul, Roger, et Jean, mon père, âgé de 18 ans.

 

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Mes grands-parents, en 1960,
avec Marie-Anne, Michel, et Philippe.

 

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Photo de famille, en 1967, sur le perron de la maison,
avec ma grand-mère, oncle Roger,
mes parents, et leurs 5 enfants.

 

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Mon grand-père, en 1991, avec mon père, Philippe, et Maxime...
4 générations réunies ! Victor disparaissait en 1993...

20:07 Écrit par Jean-Paul dans Poèmes Intimes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

16/05/2018

Jolie Vieille Dame

Jolie Dame

 

Longue robe rigide et corset de métal,
C’est une vieille dame à l’humeur sédentaire,
Qui s’habille de brun, couleur un rien austère
- Loin d’elle les bijoux, le luxe et le cristal !


Elle reçoit sans fin de nombreux visiteurs,
Qu’elle n’ose éconduire  – Elle est toujours polie…
Ils s’en vont, lui disant qu’elle est la plus jolie
De tout Paris – Faut-il croire ces vils flatteurs ?


Centenaire, elle sent bien peu le temps qui passe.
Elle toise sa sœur, habitant Montparnasse,
Benjamine trop grande en ces décors si beaux...


Le soir, on voit briller sa robe sur la ville,
Qu'elle veille et chérit, sous son arche tranquille,
Et gémissent les ponts, et rêvent les bateaux...


février 2018.



Vieille Dame

 

C’est une vieille dame un peu seule et hautaine,
Contemplant les jardins et les toits de Paris.
A ses pieds de métal, un troupeau de ponts gris,
Une couvée de bateaux musant sur la Seine.


Depuis la Belle
Époque, elle garde la ville,
Qui s'élève et grandit sous son ombre géante.
Elle en a vu monter, des flèches insolentes,
Des palais, des hôtels, des arches inutiles !



Elle toise sa sœur, cette tour Montparnasse,
Qu’elle domine allègrement , qu’elle surpasse,
De cent mètres et plus – Ah, l’affreuse cadette !



Le soir, elle revêt sa robe de lumière,
Ses atours scintillants, sa splendide guêpière…
Et brille dans la nuit sa noble silhouette.



Paris, 1er janvier 2018.

 

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29/04/2018

Le Caméléon

Le Caméléon

 

 

On le devine à peine, avançant prudemment
Sur le rameau d’un arbre, ou sur la terre grise.
Craintif, il ralentit un peu, s’immobilise,
Patte en l’air… Il repart, au bout d’un long moment.


Il dirige en tous sens ses grands yeux globuleux,
Détend soudain sa langue, inouï harpon rose…
Sur sa branche, il devient vert, se métamorphose,
Se teinte en brun, revêt son smoking jaune et bleu.


Son corps aux maigres flancs se pare de zébrures,
De taches, de dessins, de splendides rayures,
Étonnant maquillage aux nuances fugaces.


Il glisse et disparaît dans les herbes rebelles…
Une branche remue, une brindille casse,
Dans la clairière où l’ombre et la clarté se mêlent.

 

avril 2018.

 

 

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04/04/2018

Rêves d'Eléphant

Rêves d’Éléphant



Depuis que l’eau ruisselle et s’envole le sable,
Il immerge sa trompe au fond de l’océan,
Et remarque si peu, sur son dos de géant,
Ces étranges fourmis, promeneurs inlassables.


Il contemple l’Aiguille, obélisque admirable
Où viennent se poser sternes et goélands.
La tempête et la mer ont sculpté son corps blanc,
Son front strié de gris, sa tête vénérable.


Quand le soleil s’incline, enchantant l’horizon,
Il voit s’illuminer la belle Manneporte,
Son éternelle sœur, la hanche large et forte…


Solitaire, il s’endort, bercé par la chanson
De la brise et de l’eau, égaré dans ses rêves
- Et pleurent les galets, quelque part sur la grève.

 

 Étretat, mars 2018.

 

 

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"L'éléphant" d'Etretat, et la célèbre aiguille

 

 

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L'arche de Manneporte

 

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15/03/2018

La Chevrolet

La Chevrolet



C’est une belle auto qui nous vient d’Amérique,
Une Chevrolet rose aux chromes rutilants,
Capot immense, flancs bombés, phares brillants,
Vitres réfléchissant le beau ciel de l’Afrique.


Nous sommes cinq ou six sur la banquette arrière,
Maman devant, Papa qui conduit, attentif, 
Mes frères câlinant notre berger, l'œil vif,
Et nous rions, tanguant sur des chemins de terre.


Nous arrivons devant un modeste ruisseau,
Montrant sous le ciel bleu son eau jaune et boueuse.
Nous plongeons en poussant des cris, bande joyeuse


Et folle ! Le chien nage avec nous, tout pataud…
Puis, nous nous endormons au soleil, sur la grève,
Tranquilles, chatouillés par le vent qui se lève.

 

mars 2018.

 

 

 

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Philippe et Michel, devant la Chevrolet Bel Air 1957.

 

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A l'Ecole

À l’École



Nous étions quatre enfants dans une seule classe.
Marie-Anne inclinait sa tête aux boucles blondes,
Bleuissant le papier de belles lettres rondes.
Mes frères, dans le fond, bavardaient à voix basse.


J’écoutais la maîtresse, et sa douce voix lasse,
Nous parler du Congo, nous décrire le monde.
Mon index s’égarait sur une mappemonde, 
Pointant le Sahara, l'Antarctique et sa glace…


Très fier, j’effectuais mes premières lectures,
Découvrant le calcul et l’ivresse des nombres…
Scribe calligraphiste à la gauche écriture,


Mes doigts bleus étalaient l’encre brillante et sombre, 
Dans des cahiers épais que je couvrais de lignes,
Jardins de mots, forêts de lettres et de signes !

 

décembre 2017.
merci à Pierre pour avoir trouvé l'excellent vers 8...

 

 

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Michel, Philippe, Maman, Marie-Anne, et moi, à Mutshatsha,
vers 1966, époque de ma 1ère année..

10:01 Écrit par Jean-Paul dans Poèmes Intimes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

02/11/2017

Dis-moi

Dis-moi

 

 

Dis-moi, dame aux cheveux gris,
Ton existence d’avant,
Ses bonheurs dont tu souris
- Ton visage est émouvant.


Sais-tu l’amour – le vrai – dis ?
Te souviens-tu des enfants
Dont tu fus le paradis ?
- Entends leurs cris triomphants !


Tu flânais, l’après-midi,
Sous le soleil du printemps,
Et dans le ciel attiédi
Filaient des oiseaux chantants.


Revois-tu les fleurs, les fruits,
Les beaux vergers opulents,
Les jardins bordés de buis,
Chère dame aux cheveux blancs ?


Le foin remplit les greniers,
Et les pommes les paniers ;
Les feuilles jonchent les cours.


De l’eau brille dans ton œil,
Larmes d’hiver et de deuil,
Ru discret suivant son cours…


Les saisons puis les années
Ont défilé, sans retour
- Combien de roses fanées,


Dis-moi ? C’est la fin du jour,
Les ombres  vont s’effacer…
- As-tu peur de nous laisser ?



Jean-Paul Labaisse
1981 - 2017.

 

 

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Balthasar Denner (1685 - 1747)
Portrait d'une vieille femme.

 

 

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Christian Seybold (1695-1768)
Portrait d'une vieille femme à l'écharpe verte.

 

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Sur la Plage

Sur la Plage

 

Je marchais sur la plage enveloppée de brume.
Malia disparaissait dans ce monde irréel.
Sur l’horizon, la mer se mélangeait au ciel.
Des vagues, à mes pieds, déposaient de l’écume.


Très loin, j’apercevais une forme bizarre :
Était-ce une bouée, un navire perdu,
Une île, un animal, monstre au cou distendu ?
Le chien aboyait, puis filait dans le brouillard.


La lune diffusait sa pâle clarté d’ambre ;
Des lumières naissaient, lampes, phares, étoiles,
Luisant sur la mer grise et dans le ciel opale,


Entre le jour blafard et la nuit de décembre. 
La brise sur les flots chuchotait son refrain,
Cantilène, ballade au murmure incertain...

 
Le Coq, 
décembre 2016.

 

 

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23/10/2017

Parrain Tracteur

Parrain Tracteur

 

à mon grand-père, disparu en 1996.

 

Au début de l'été, quand je rentrais d'Afrique,
Je dormais chez Grand-père, en ces moments heureux ;
Sa ferme se cachait au bout d’un chemin creux,
Endroit calme et secret, quelque part en Belgique.


Trônant sur son tracteur, tel un roi magnifique,
Il moissonnait et moi, petit garçon chanceux,
Je rangeais les ballots en faisant de mon mieux ;
Un moineau chapardait, voleur acrobatique...


Dans les prés ruminaient des animaux magiques,
Aux flancs tachés de noir, le museau tout baveux,
Tondant l'herbe, le pis gonflé de lait mousseux,
Vaches que je trouvais ô combien sympathiques !


Quand j’entrais dans la grange, aux sombres murs de briques,
Mes frères surgissaient, poussant des cris affreux,
Me poursuivaient – le foin volait dans nos cheveux !
La clarté descendait du toit en rais obliques.


Je partais dans les bois avec Parrain Tracteur,
Observant les bourdons ivres, les libellules,
Les frais coquelicots dans leurs robes de tulles.


Nous marchions dans les champs, cueillant la moindre fleur,
Pissenlits, boutons d'or, liserons, pâquerettes ; 
Dans les blés mûrs chantaient de douces alouettes.


Grand-père allait, le front caressé par le vent,
Ses doigts longs et calleux tenant ma main d’enfant ;
Les épis frémissaient, houle blonde et tranquille.


Tes yeux se sont fermés, par un calme matin ;
Mais je te vois toujours, silhouette fragile,
Dans la lumière et l’ombre, à la fin du chemin.

 

septembre 2017.

 

 

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 Bon-Papa Alfred, ou Parrain Tracteur, photographié chez Maman.

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La ferme de "parrain Tracteur", vue d'avion.
On distingue la brasserie (en haut à gauche), la grange (à gauche),
le corps de logis (au centre), les écuries et les étables (à droite),
la porcherie (en bas, à droite)

 

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photo prise à Jersey, en 2010

 

 

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19/10/2017

Westende

Westende

 

Tous les ans, en juillet, nous allions à Westende,
Village sommeillant dans les dunes du Nord ;
On voyait les bateaux qui regagnaient le port,
Des voiliers, des cargos voguant vers la Zélande.


Derrière un coupe-vent s’installait notre bande,
Mes parents, mes cousins, mes sœurs, Parrain Victor ;
Mes frères bâtissaient un gigantesque fort !
J’observais la fumée de la malle d’Ostende.


Le soleil scintillait sur la cité flamande,
Et le sable si clair brillait, poussière d’or !
On devinait au loin la jetée de Nieuport,
Les bunkers oubliés de l’armée allemande.


La bouche barbouillée de brun, mine gourmande,
Un enfant savourait sa crêpe au Pastador ;
Sur la plage courait un jeune labrador,
Parmi les épagneuls, les bergers de Hollande.
 

Grand-père somnolait, assis dans son fauteuil ;
Un bob sur les cheveux, nous surveillant d’un œil,
Papa lisait Le Soir et La Libre Belgique.


Sous un parasol bleu se prélassait Tonton ;
Et moi, je découvrais Tintin en Amérique,
Le journal de Spirou, les gaffes de Gaston…


D’un sac, Maman sortait des biscuits, des galettes ;
Ma tante découpait un énorme gâteau,
Et chacun se battait pour le plus gros morceau !


Sur le sable mouillé s’endormaient les mouettes ;
J’avançais sur la grève et je flânais, rêvant,
Bercé par la chanson des vagues et du vent…


octobre 2017.

 

 

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Les dunes de Westende


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Véronique et Marie-Anne, à Westende

 

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Philippe et Michel... ils ont bien changé !

 

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Marie-Anne, en 1960, âgée de quelques mois...

 

 

 

 

 

 

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La Petite Soeur

La petite Sœur



Elle a de grands yeux bruns et verts, le front hâlé,
Des cheveux blonds et fins, une peau toute douce…
C’est un bébé de deux ans, gentille frimousse,
Bouche qui s'ouvre un peu, bras blancs et potelés.


La petite sœur se tient dans le poulailler,
Au milieu des poussins, des dindons qui gloussent,
Portant fièrement une poule blanche et rousse,
Qu'elle serre bien fort, puis laisse s'en aller...


Voilà qu'elle sommeille, yeux clos, lèvres ouvertes,
Allongée au milieu de ses nombreux doudous,
Serrant contre son cœur sa souris rose et verte.


Je me glisse près d’elle et dépose un bisou
Dans son cou, qui sent bon le savon et le frais,
Parfum doux d'un enfant, aux composants secrets…

 

juillet 2017.

 

 

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Véronique, à Mutshatsha, vers 1964, 1965.


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28/09/2017

Coucher de Soleil en Zélande



 



Coucher de Soleil en Zélande

 



Le soleil se couchait doucement sur la mer ;
On voyait des voiliers, de blanches goélettes,
Des chalutiers montrant leurs sombres silhouettes,
Des cargos aux flancs bruns, des porte-containers.
 
 
Effleurant les poteaux, les buissons, les flots verts,
Un vent léger soufflait une frêle ariette ;
Sur le sable mouillé se posaient des mouettes,
Marchant à petits pas sur l’estran découvert.
 
  
La plage était déserte, aucun homme, aucune âme... 
Les goélands criaient sur les noirs brise-lames,
Puis s'échappaient soudain dans le ciel amarante.


Les vagues chuchotaient leur chanson indécise,
Déposant sur la grève une caresse aimante,
Embruns, baisers d'écume emportés par la brise…

 


Jean-Paul Labaisse, Zoutelande
septembre 2015, juillet 2017.

 



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photos de Fabienne Corthals, à Zoutelande, septembre 2015.

 

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photos prises à Dishoek, juillet 2017. 

 

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14/09/2017

Tuma Mashua

Tuma Mashua

 

 

à mon père

 

 

C’est un monstre luisant, dont la soif ne s’étanche
Jamais, un buffle énorme, un dragon, un pur-sang
Sur le point de bondir, le souffle menaçant…
De ses naseaux en feu sort de la fumée blanche.


Les quais sont pleins de monde, en ce radieux dimanche.
Moi, j’ai escaladé cet étrange éléphant,
Dont je suis le cornac fragile et triomphant,
Le dos droit, le regard fier, les poings sur les hanches…


À mes côtés, papa fait signe au conducteur ;
Un sifflet retentit et la bête indomptable
S’ébroue, frissonne, tend ses muscles formidables !


De sa tête jaillit une épaisse vapeur,
Et le monstre s’ébranle en gémissant, s’élance,
M’emportant loin, très loin, dans le Congo immense.

 

juillet 2017.

 

Tuma Mashua : démarrez la machine (swahili)

 

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31/07/2017

Maïs et Makala

Maïs et Makala



à Philippe et à Michel

 


Je pars dans la savane, avec mes deux grands frères ;
Nous prenons nos vélos, nos sacs, nos casse-croûte,
Et nous voilà lancés sur les mauvaises routes,
Explorateurs d’un jour, cyclistes téméraires !


Autour de nous, des champs immenses de maïs,
Dont bruissent doucement les plants hauts et verts ;
Nous cueillons des épis bien mûrs, le grain offert…
Le soleil fait briller nos cheveux blonds et lisses.


Le soir, les bras brûlés, nous rentrons de la brousse ;
À coté de piments et de patates douces,
Nous grillons le maïs sur du charbon de bois.


Nous mangeons ce festin avec des kalangas,
Buvant de la Tembo… et nous sommes des rois,
Bienheureux, dans la nuit chaude du Katanga.



juillet 2017.

 


makala : charbon de bois (swahili)
kalangas : arachides
la bière Tembo (tembo = éléphant) est très répandue au Congo
Katanga : Province de la République Démocratique du Congo

 

 

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27/07/2017

La Balançoire

 

La Balançoire



à Fabienne



Elle a de beaux cheveux brillants et ondulés,
Retombant dans son dos en longues mèches rousses,
Des yeux ni bruns, ni verts, d’or et d'ambre mêlés,
Un béret blanc et bleu, comme en portent les mousses !


Elle avance prudemment sur ses jambes courtes,
Puis trébuche soudain, le pied gauche accroché
Par un caillou sournois ! Elle poursuit sa route,
Sans pleurer, bosse au front et genou écorché.


Chaque dimanche, elle joue sur sa balançoire,
S’inventant tranquillement de belles histoires ;
Un rai de soleil luit sur ses cheveux de cuivre.


Elle va et vient, très haut, elle rit, comme ivre,
Monte toujours, devient papillon, hirondelle,
Et s’enfuit dans le ciel de l’été, d’un coup d’aile !


juillet 2017.

 

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25/07/2017

Dans la Brousse

Dans la Brousse



Nous étions deux enfants, yeux bleus et mèches blondes.
Quand nos parents dormaient, nous allions dans la brousse,
Chassant les biloulous, piétinant l'herbe rousse,
Tels des explorateurs devant le Nouveau Monde !


Joyeux, nous observions d'innombrables termites,
Des lézards, des bourdons tourbillonnant, comme ivres.
Nous trouvions de fameux cailloux, luisants de cuivre,
Striés de vert et d'or... Émeraudes, pépites ?


J'avais six ans ; ma sœur s'appelait Marie-Anne.
Nous étions si heureux, au cœur de la savane !
Des mange-mil folâtraient dans le ciel immense.


Nous écoutions chanter des cigales lointaines,
Et nous avancions, le petit prince et sa reine,
Dans la brousse sans fin, jardin de notre enfance.

 

juin 2017.


biloulou : insecte (swahili)
mange-mil : petit passereau d'Afrique Subsaharienne, au nom évocateur

 

 

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Moi et Marie-Anne, à Mutshatsha, vers 1966-67

 

 

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Moi et Marie-Anne... Je n'ai que quelques mois !

 

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17/06/2017

La Chute

 

La Chute



C’est un ru qui frissonne au fond d’un val obscur,
Faiblement éclairé par des rayons de lune.
Lancé en plein élan, je tombe dans l’eau brune,
Fracassant mon genou sur l’arête d’un mur.


Les habits pleins de boue, je sors de ce ruisseau.
Ma jambe n’est plus droite et fait un angle étrange…
Tout dort, dans la forêt, écureuils, faons, mésanges.
Une douleur affreuse inonde mon cerveau.


Je pleure, gémis, crie… Personne ne répond !
Je suis seul, dans ce bois désert et silencieux…
Vais-je croupir ici, dans ce ravin fangeux ?


J’entends soudain un chien qui jappe, sur le pont,
Un son de voix lointain, des pas qui se rapprochent,
Et j’aperçois enfin la lueur d’une torche…



mai 2017.

 

 

 

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L'étang du Fer à Cheval

 

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Le ravin où je suis tombé, et le parapet qui a fracassé mon genou...

 

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13:47 Écrit par Jean-Paul dans Poèmes Intimes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Soleil Couchant

Soleil Couchant

 

 

J'ai quitté ma maison, mon commerce, ma ville,
Et j'ai marché, sans voir les blessés et les morts,
Et je suis allé loin, très loin, jusqu'à ce port,
Où mouillait un ferry sur le quai, immobile.


J'ai traversé la mer et gravi la montagne,
J'ai parcouru les bois, les garrigues, les champs,
Et j'ai marché, marché, vers le soleil couchant,
Vers l'Europe : Italie, Angleterre, Allemagne !


Je loge dans un camp où nous sommes dix mille ;
Chaque soir, je m'assieds sur la falaise blanche,
Regardant les bateaux qui franchissent la Manche,


Si proches, si nombreux... Les yeux fermés, tranquille,
J'entends sonner Big Ben et vois, dans l'ombre grise,
Se mirer Westminster sur l'eau de la Tamise.

 

Jean-Paul Labaisse, mai 2017.

 

 

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15/05/2017

Jardins d'Alep

Jardins d'Alep

 

 

Autrefois, les oiseaux chantaient dans les jardins,
Et le soleil brillait dans un ciel toujours bleu.
Les souks étaient remplis de caftans en satin,
De savons, de loukoums parfumés et moelleux


J'allais joyeusement en classe, le matin,
Le maître me prêtait des livres merveilleux !
J’admirais, surplombant les minarets lointains,
La haute citadelle et ses murs orgueilleux. 



Mon école a brûlé. Aucun oiseau ne passe
Dans le ciel noir, où seuls de féroces rapaces
Lâchent tranquillement leurs barils et leurs bombes.


Au fond du jardin, près d’une rose trémière,
J’ai planté un arbuste et des fleurs, sur la tombe
Où dorment mes parents, ma sœur, mon petit frère.

 

Jean-Paul Labaisse
22 décembre 2016
merci à Fabienne pour son aide précieuse et ses photos.

 

 

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La forteresse d'Alep
(photo : Isabelle Musick)

 

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La forteresse d'Alep
(photo : Fabienne Corthals)

 

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Enfants en Syrie
(photo : Fabienne Corthals)

 

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Souk d'Alep

 

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10:59 Écrit par Jean-Paul dans Migrations | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

05/05/2017

Eldorado

Eldorado



Par un matin clair, nous sommes partis, là-bas,
Vers cet Eldorado lointain, vers l’Italie !
Nous avons pris nos sacs, tels de pauvres coolies,
Et quitté nos maisons, nos amis, d’un bon pas.

Calmement, nous partons, ne nous retournant pas
Sur la ville étirant ses murs sales et gris ;
Sous nos boubous légers, nous portons des grigris,
Qui nous protégeront des dangers, du trépas. 

Nous traversons les ergs, les ksour et les casbahs,
Bamako, Tombouctou, le Hoggar, l'Algérie…
Les caravansérails, les oasis fleuries
Offrent le gîte, un peu de repos, un repas.

Habillés de burnous usés, de djellabas,
Nous errons dans les souks où l'on s'agite et crie,
Palpant les gandouras, les caftans, les soieries,
Humant les bois précieux, le cumin, le tabac.

Nous longeons les oueds sans fin du Sahara,
Et marchons au soleil, épuisés, pieds meurtris,
Croisant des cavaliers, des jeeps, des méharis,
Des camions ensablés sur ces chemins ingrats… 

Chaque heure, chaque instant, c'est un bien dur combat,
Et nous gémissons devant les sources taries...
Nous heurtons des cailloux, foulons l'herbe flétrie,
Buvant de l'eau, mangeant si peu, parlant tout bas.

Le soir, nous nous couchons, ventre vide, corps las,
Allongeant sur le sol nos membres affaiblis,
Tremblant de froid, rêvant d’un bon feu, d’un bon lit ; 
À l'aube, nous allons, faméliques fellahs…

Sur la route est tombé notre frère Abdallah ;
Il est mort doucement, sans souffrir, sans un cri.
Voit-il, au Paradis, les sublimes houris
Aux yeux d'ambre et de jais promises par Allah ?

Nous découvrons, au Nord, les bazars de Sebha,
Tripoli, ville énorme où règne l'anarchie,
Sa médina, dédale aux ruelles blanchies... 
Et nous voyons briller la mer, en contrebas !

À l’horizon lointain, est-ce Lampedusa,
Cet îlot désolé, porte de l’Italie,
Avant Naples, Milan, Munich, la Westphalie,
Un endroit où dormir, un travail, un visa ? 


Trois jours, nous dérivons sur la mer infinie,
Sans manger, sans dormir, étrange colonie
De quatre-vingts migrants sur une barque instable...
 
Balloté sur l’eau comme une noix de coco,
Notre bateau se bat contre le sirocco,
Les courants, les récifs, les vagues inlassables.

L’un de nous s’est noyé, emporté par les lames ;
Certains sont étendus, serrant près d'eux leurs femmes.
Des enfants, bercés par des mères impuissantes, 
Ferment les yeux, sombrant dans une nuit sans rêves...
Sous la houle, l’esquif s'enfonce, se soulève, 
Retombe lourdement, dans l’écume brillante.

Nous scrutons l'horizon, espérant une terre,
Un port de pêche, un phare, une île solitaire ;
Partout, la mer, le ciel immense et immuable...
Le vent nous a portés vers une anse idyllique ;
Nous débarquons, versons des pleurs, baisons le sable,
Remerciant Allah d'avoir quitté l'Afrique !

Soudain, nous entendons un muezzin qui chante !
Mais quel est ce drapeau caressé par la brise,
Vert, rouge, noir ? Qui sont ces gens aux bottes grises,
Pantalon beige et brun, mitraillette luisante ?
Ce ciel si bleu, si pur, cette plage jolie,
Ces petites maisons, ce n’est pas l’Italie ?

Et moi, tranquillement, j’enlève mes chaussures,
Mon kufi, mes colliers, misérables parures,
J’abandonne mon sac, si léger sur le dos,
J’ôte mon saroual déchiré, ma chemise,
Et j’entre dans la mer, à la fraîcheur exquise,
Et je nage loin, très loin, vers l’Eldorado…

 

Jean-Paul Labaisse, 7 janvier - 16 février 2017,
 
Plus de 80 migrants ont échoué le 4 janvier 2017 sur une plage libyenne. Après trois jours sur une mer agitée, ils pensaient être arrivés en Italie, alors qu’ils étaient revenus à leur point de départ…

Merci à Fabienne pour son aide précieuse et sa relecture attentive !

 

 

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Tombouctou

 

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Le Hoggar (Algérie)

 

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16:51 Écrit par Jean-Paul dans Migrations | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

13/04/2017

Le Héron

Le Héron



Je suis un échassier d'une espèce nouvelle :
Sur une seule jambe, en équilibre instable,
J'avance prudemment, lente grue demoiselle,
Évitant les tapis sournois, les pieds de table,
 

Pauvre héron juché sur ses longues béquilles,
Je ressemble si peu à ce bel
oiseau grêle ;
Sur mes pattes d'acier, je tangue, je sautille,
Regrettant seulement de ne pas avoir d'ailes...


Je me traîne, flamant géant, vers mon fauteuil,
Petit nid tout confort où m'attendent des livres,
Des journaux, les coffrets qu'Amazon me délivre.


À la vitre, je vois bondir un écureuil,
Semblant narguer, l’oeil vif, les oreilles dressées,
Ce curieux volatile à la patte cassée.



Jean-Paul Labaisse, mars 2017.
poème inspiré par mon immobilisation forcée
du 7 février au 20 mars,
suite à une opération du genou.

 

 

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20:03 Écrit par Jean-Paul dans Poèmes Intimes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/03/2017

Alep

Alep

 

 

Sur Alep en feu, combien d’obus et de bombes, 
De balles, de barils, d’explosions par seconde ?
Et combien de maisons brûlées, de murs qui tombent,
Sous l’œil indifférent des barons de ce monde ?


Jadis, Alep brillait dans la lumière blonde.
Des gamins dévalaient la rue, filaient en trombe,
Chipant, sur les bazars, des grenades bien rondes,
Des fruits mûrs. Dans le ciel s’ébattaient des colombes.


Au milieu des gravats, des briques, des décombres,
Un enfant ramasse une pierre, arme sa fronde,
Et tire, très haut, vers les bombardiers sans nombre,


Vers Dieu ou vers Allah, qui se tapit dans l’ombre,
Impassible, ne voulant rien voir, rien entendre…
Il pleut des larmes de sang sur Alep en cendres.

Jean-Paul Labaisse,
15 décembre 2016

 

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20:50 Écrit par Jean-Paul dans Migrations | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

08/01/2017

Le Dormeur de Bodrum

 

Le Dormeur de Bodrum

  
à la mémoire d’Aylan, innocente victime de la bêtise des hommes...

Merci à Arthur Rimbaud pour sa collaboration.

 
 

C’est une plage de sable où bruissent les vagues
Et fredonne le vent sous le ciel translucide ;
C’est un coin oublié, un lieu paisible et vague
Où l’on sommeille et rêve au bord de l’eau limpide.


Un jeune enfant, tee-shirt rouge, pantalon bleu,
Les cheveux caressés par la mer fraîche et douce,
Dort ; il est allongé dans le sable moelleux,
Pâle dans son lit blond où la lumière mousse.


Les pieds bercés par l'onde, il dort. Souriant comme
Sourit un enfant de trois ans, il fait un somme,
Cajolé tendrement par mille rayons d’or. 

 

C’est un petit garçon à la tête bouclée
Qui dort dans le soleil, les bras le long du corps,
Tranquille. Ses poumons sont remplis d'eau salée. 

 

 Jean-Paul Labaisse, 3 septembre 2015.

 

 

  

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00:21 Écrit par Jean-Paul dans Migrations, Oeuvres Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

L'Empire des Lumières (Magritte)

L'Empire des Lumières

 


Magritte, grand ciel bleu tapissé de nuages,
Cavaliers égarés parmi les arbres blêmes,
Seins, troncs, rocs, dans l'azur, images et mirages…
- Ceci n'est pas un vers, cela n'est point poème…

 

 



     Cette maison déserte, et ces grands arbres noirs....
     Quelle heure est-il ? Sommes-nous au matin, au soir ?
     Personne ne vient, personne ne passe, ici,
     En ce lieu incertain, où nul soleil ne luit...


     Est-ce la nuit, le jour, l’aube, l’après-midi ?
     A l’horloge, midi sonne... Non, c’est minuit...
     Ni lune, ni soleil, seulement des nuages,
     Et le ciel limpide, en l’étrange paysage....


     Une lampe scintille, à peine, à la fenêtre,
     Et ses faibles rayons baignent la nuit profonde...
     O cette clarté pâle et douce, au cœur du monde !


     Dormons-nous, rêvons-nous ? Est-ce un songe, peut-être ?
     Quelle heure, de quel jour ? Dimanche, ou bien lundi ?
     A l’horloge, minuit sonne... Non, c’est midi...

 

 

Jean-Paul Labaisse 1999.


 

 

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1954, Huile sur Toile, 146 x 114 cm
Bruxelles, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique

00:18 Écrit par Jean-Paul dans Tableaux d'une Exposition | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

23/11/2016

Dans la Forêt

Dans la Forêt
 


Les feuilles jonchaient le sol, jaunes, brunes, rousses.
Sur le bois désert tombait une brume blanche,
Habillant d’un manteau les buissons et les branches.
On respirait un parfum d’humus et de mousse.


Je marchais tranquillement dans ce monde en deuil,
Et mes bottes s’enfonçaient dans la terre humide.
Devant moi furetait Malia, chienne intrépide,
Reniflant les troncs, poursuivant les écureuils.


Le sentier descendait, montait, tournait sans fin,
Suivait le cours d’un ruisseau, longeait un ravin.
On devinait, plus bas, un étang invisible.


Un petit pont semblait flotter sur l’eau paisible,
Et moi, je me perdais au sein de ce brouillard,
Heureux, n’espérant pas arriver quelque part…

 

  Jean-Paul Labaisse
  21 novembre 2016.

 

 

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Etang du Fer à Cheval

 

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Drève des Enfants Noyés

23:08 Écrit par Jean-Paul dans Poèmes Intimes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

23/05/2016

Neuf heures onze

Neuf heures onze

 


à la mémoire des victimes des attentats
 de Bruxelles du 22 mars 2016.

 


Dans le métro bondé, c’était l’heure du rush ;
Des cadres consultaient leurs mails sur des tablettes,
Un grand adolescent jouait à Candy Crush,
Un retraité lisait calmement sa gazette.


Mérode, Pétillon, Montgomery, Schumann…
Tous ces noms surgissaient dans le noir des tunnels.
Cette femme écoutait un morceau de Goldman,
Ce garçon fredonnait une chanson d’Adèle…


Et soudain, un grand bruit, une grande lumière,
Des corps sans vie couchés dans les éclats de verre,
Des visages sanglants au milieu des décombres.


Dispersés sur le sol, GSM et Smartphones
S’allument, vibrent longuement, clignotent, sonnent,
Puis s’éteignent, dans le silence et la pénombre…

 


22 mai 2016.

 

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23:07 Écrit par Jean-Paul dans Poèmes Intimes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

07/04/2016

Sept heures cinquante-huit

Sept heures cinquante-huit

 

à la mémoire des victimes des attentats
 de Bruxelles du 22 mars 2016.

 

 

Ils étaient arrivés tôt à l’aéroport.
Istanbul, Kinshasa, Madrid, Washington, Londres…
Tous ces noms défilaient, changeaient dans la seconde.
Ils tenaient à la main visas et passeports.


L’un apercevait déjà la cité d’Angkor,
Cet étudiant partait à l’autre bout du monde,
Celle-ci s’endormait, tranquille, au bord de l’onde,
Cet homme rejoignait son épouse à Francfort.


Mais ils ne verront pas les lagons et les plages,
La lumière du soir sur les temples magiques,
Ils ne sentiront plus les parfums de l’Afrique.


Ils sont couchés sur le sol, près de leurs bagages,
Le visage éclairé par un soleil timide,
Et leurs passeports ont glissé de leurs mains vides...

 


29 mars 2016.

 

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L'oiseau du Ciel, de René Magritte, qui fut longtemps
l'emblème de la Sabena, compagnie d'aviation nationale belge

 

 

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22:50 Écrit par Jean-Paul dans Poèmes Intimes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Bruxelles

Bruxelles

 

à la mémoire des nombreuses victimes
des attentats de Bruxelles du 22 mars 2016.
Pourquoi tant de haine et d'intolérance ?

 

Le soleil se levait doucement sur Bruxelles.
Des amoureux s’embrassaient place de Brouckère ;
Au Mont des Arts chantaient des pinsons et des merles ;
Un vieillard somnolait sur un banc, solitaire.



Le soleil brillait et Bruxelles était si belle !
L’hôtel de ville scintillait sous la lumière,
Et l’on apercevait l’archange Saint-Michel
Terrassant le dragon de son épée de fer.



Mais des nuages noirs ont brusquement paru,
Obscurcissant le ciel et voilant le soleil.
Les amoureux ont fui, les oiseaux se sont tus…



Sur la Grand-Place s’écoule un ruisseau vermeil.
Saint-Michel, là-haut, verse des larmes amères
Qui tombent doucement sur les statues de pierre.

 


24 mars 2016.

 

Une version musicale du poème se trouve sur le site
 escapade poétique et musicale (merci à Automnale  et Jean-Marie)

 

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Saint-Michel terrassant le dragon,
au sommet de l'hôtel de ville de Bruxelles

 

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  Prudentia, une des statues du portail de l'hôtel de ville

 

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L'émouvant hommage de Plantu dans le journal le monde



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Photo prise ce 25 mars à midi, place de la Bourse...  

 

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25 mars à midi
 

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 L'hommage rendu aux victimes, le 23 mars, place de la Bourse 

22:36 Écrit par Jean-Paul dans Poèmes Intimes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

31/10/2015

Au Bois de la Cambre

 

Au Bois de la Cambre

 

 

C’est un bel après-midi au bois de la Cambre ;
Sur le gazon bien vert bronzent des jeunes gens,
Des filles profitant du soleil de septembre,
Des garçons torse nu, le sourire engageant.


On aperçoit des chiens qui gambadent gaiement,
Des bouts d’choux essayant de tenir sur leurs jambes,
Puis trébuchant dans l’herbe – aussitôt la maman
Console le bambin d’un bisou sur la tempe !


Dérivent sur le lac de paresseuses barques ;
 
Des canards, en famille, avancent dans l’eau grise.
Et moi, tranquillement, je me promène au parc,


Je retiens Malia qui, la truffe dans la brise,
Hume mille senteurs, renifle troncs et feuilles,
Faisant s’enfuir les vifs et gracieux écureuils.

 


Jean-Paul Labaisse, octobre 2015.

 

 

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copyright http://www.brusselspictures.com

 

 

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29/10/2015

Fabienne

 

Fabienne

 


 à la femme de ma vie…

 

 

Elle a les cheveux bruns et drus, de jolis yeux
Aux reflets verts – sont-ils marrons ou bien dorés ?
Une bouche petite et le menton carré,
Des mains à la peau douce, des poignets gracieux.


Dans le salon amoureusement décoré,
Elle a mis quantité de bibelots précieux,
Des statues, des bouddhas, des masques mystérieux,
Des éléphants en bois, des chameaux colorés.


Elle aime voyager, Europe, Asie, Afrique,
Découvrant Bangkok, Fès, la mer Adriatique,
S’égarant dans les rues d’immenses capitales…


Petit Poucet heureux, elle envoie dans le monde
Des billets charmants et joyeux, cartes postales
Qu’elle remplit de sa belle écriture ronde !

 

 

Jean-Paul Labaisse, 26 octobre 2015.

 

 

 

 

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