17/08/2017

Coucher de Soleil en Zélande



 



Coucher de Soleil en Zélande

 



Le soleil se couchait doucement sur la mer ;
On voyait des voiliers, de blanches goélettes,
Des chalutiers montrant leurs sombres silhouettes,
Des cargos aux flancs bruns, des porte-containers.
 
 
Frôlant les poteaux gris, effleurant les flots verts,
Un vent léger soufflait une frêle ariette ;
Sur le sable mouillé se posaient des mouettes,
Marchant à petits pas sur l’estran découvert.
 
  
La plage était déserte, aucun homme, aucune âme... 
Les goélands criaient sur les noirs brise-lames,
Puis s'échappaient soudain dans le ciel amarante.


Les vagues chuchotaient leur chanson indécise,
Déposant sur la grève une caresse aimante,
Baiser d’écume, embruns frais qu'emporte la brise…

 


Jean-Paul Labaisse, Zoutelande
septembre 2015, juillet 2017.

 



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photos de Fabienne Corthals, à Zoutelande, septembre 2015.

 

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photos prises à Dishoek, juillet 2017. 

 

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31/07/2017

Maïs et Makala

Maïs et Makala



à Philippe et à Michel

 


Je pars dans la savane, avec mes deux grands frères ;
Nous prenons nos vélos, nos sacs, nos casse-croûte,
Et nous voilà lancés sur les mauvaises routes,
Explorateurs d’un jour, cyclistes téméraires !


Autour de nous, des champs immenses de maïs,
Dont bruissent doucement les plants hauts et verts ;
Nous cueillons des épis bien mûrs, le grain offert…
Le soleil fait briller nos cheveux blonds et lisses.


Le soir, les bras brûlés, nous rentrons de la brousse ;
À coté de piments et de patates douces,
Nous grillons le maïs sur du charbon de bois.


Nous mangeons ce festin avec des kalangas,
Buvant de la Tembo… et nous sommes des rois,
Bienheureux, dans la nuit chaude du Katanga.



juillet 2017.

 


makala : charbon de bois (swahili)
kalangas : arachides
la bière Tembo (tembo = éléphant) est très répandue au Congo
Katanga : Province de la République Démocratique du Congo

 

 

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22:03 Écrit par Jean-Paul dans Poèmes Intimes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

27/07/2017

La Balançoire

 

La Balançoire



à Fabienne



Elle a de beaux cheveux brillants et ondulés,
Retombant dans son dos en longues mèches rousses,
Des yeux ni bruns, ni verts, d’or et d'ambre mêlés,
Un béret blanc et bleu, comme en portent les mousses !


Elle avance prudemment sur ses jambes courtes,
Puis trébuche soudain, le pied gauche accroché
Par un caillou sournois ! Elle poursuit sa route,
Sans pleurer, bosse au front et genou écorché.


Chaque dimanche, elle joue sur sa balançoire,
S’inventant tranquillement de belles histoires ;
Un rai de soleil luit sur ses cheveux de cuivre.


Elle va et vient, très haut, elle rit, comme ivre,
Monte toujours, devient papillon, hirondelle,
Et s’enfuit dans le ciel de l’été, d’un coup d’aile !


juillet 2017.

 

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25/07/2017

Dans la Brousse

Dans la Brousse



Nous étions deux enfants, yeux bleus et mèches blondes.
Quand nos parents dormaient, nous allions dans la brousse,
Chassant les biloulous, piétinant l'herbe rousse,
Tels des explorateurs devant le Nouveau Monde !


Joyeux, nous observions d'innombrables termites,
Des lézards, des bourdons tourbillonnant, comme ivres.
Nous trouvions de fameux cailloux, luisants de cuivre,
Striés de vert et d'or... Émeraudes, pépites ?


J'avais six ans ; ma sœur s'appelait Marie-Anne.
Nous étions si heureux, au cœur de la savane !
Des mange-mil folâtraient dans le ciel immense.


Nous écoutions chanter des cigales lointaines,
Et nous avancions, le petit prince et sa reine,
Dans la brousse sans fin, jardin de notre enfance.

 

juin 2017.


biloulou : insecte (swahili)
mange-mil : petit passereau d'Afrique Subsaharienne, au nom évocateur

 

 

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Moi et Marie-Anne, à Mutshatsha, vers 1966-67

 

 

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Moi et Marie-Anne... Je n'ai que quelques mois !

 

22:03 Écrit par Jean-Paul dans Poèmes Intimes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

18/07/2017

La Petite Soeur

La petite Sœur



Véronique a de grands yeux verts, le front hâlé,
Des cheveux blonds et fins, une peau toute douce…
C’est un bébé de deux ans, gentille frimousse,
Bouche qui s'ouvre un peu, bras blancs et potelés.


La petite sœur se tient dans le poulailler,
Au milieu des poussins, des dindons qui gloussent,
Portant fièrement une poule blanche et rousse,
Qu'elle serre bien fort, puis laisse s'en aller...


Véronique sommeille, yeux clos, lèvres ouvertes,
Allongée au milieu de ses nombreux doudous,
Serrant contre son cœur sa souris rose et verte.


Je me glisse près d’elle et dépose un bisou
Dans son cou, qui sent bon le savon et le frais,
Parfum doux d'un enfant, aux composants secrets…

 

juillet 2017.

 

 

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Véronique, à Mutshatsha, vers 1964, 1965.


12:02 Écrit par Jean-Paul dans Poèmes Intimes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

17/06/2017

La Chute

 

La Chute



C’est un ru qui frissonne au fond d’un val obscur,
Faiblement éclairé par des rayons de lune.
Lancé en plein élan, je tombe dans l’eau brune,
Fracassant mon genou sur l’arête d’un mur.


Les habits pleins de boue, je sors de ce ruisseau.
Ma jambe n’est plus droite et fait un angle étrange…
Tout dort, dans la forêt, écureuils, faons, mésanges.
Une douleur affreuse inonde mon cerveau.


Je pleure, gémis, crie… Personne ne répond !
Je suis seul, dans ce bois désert et silencieux…
Vais-je croupir ici, dans ce ravin fangeux ?


J’entends soudain un chien qui jappe, sur le pont,
Un son de voix lointain, des pas qui se rapprochent,
Et j’aperçois enfin la lueur d’une torche…



mai 2017.

 

 

 

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L'étang du Fer à Cheval

 

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Le ravin où je suis tombé, et le parapet qui a fracassé mon genou...

 

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13:47 Écrit par Jean-Paul dans Poèmes Intimes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Soleil Couchant

Soleil Couchant

 

 

J'ai quitté ma maison, mon commerce, ma ville,
Et j'ai marché, sans voir les blessés et les morts,
Et je suis allé loin, très loin, jusqu'à ce port,
Où mouillait un ferry sur le quai, immobile.


J'ai traversé la mer et gravi la montagne,
J'ai parcouru les bois, les garrigues, les champs,
Et j'ai marché, marché, vers le soleil couchant,
Vers l'Europe : Italie, Angleterre, Allemagne !


Je loge dans un camp où nous sommes dix mille ;
Chaque soir, je m'assieds sur la falaise blanche,
Regardant les bateaux qui franchissent la Manche,


Si proches, si nombreux... Les yeux fermés, tranquille,
J'entends sonner Big Ben et vois, dans l'ombre grise,
Se mirer Westminster sur l'eau de la Tamise.

 

Jean-Paul Labaisse, mai 2017.

 

 

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15/05/2017

Jardins d'Alep

Jardins d'Alep

 

 

Autrefois, les oiseaux chantaient dans les jardins,
Et le soleil brillait dans un ciel toujours bleu.
Les souks étaient remplis de caftans en satin,
De savons, de loukoums parfumés et moelleux


J'allais joyeusement en classe, le matin,
Le maître me prêtait des livres merveilleux !
J’admirais, surplombant les minarets lointains,
La haute citadelle et ses murs orgueilleux. 



Mon école a brûlé. Aucun oiseau ne passe
Dans le ciel noir, où seuls de féroces rapaces
Lâchent tranquillement leurs barils et leurs bombes.


Au fond du jardin, près d’une rose trémière,
J’ai planté un arbuste et des fleurs, sur la tombe
Où dorment mes parents, ma sœur, mon petit frère.

 

Jean-Paul Labaisse
22 décembre 2016
merci à Fabienne pour son aide précieuse et ses photos.

 

 

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La forteresse d'Alep
(photo : Isabelle Musick)

 

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La forteresse d'Alep
(photo : Fabienne Corthals)

 

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Enfants en Syrie
(photo : Fabienne Corthals)

 

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Souk d'Alep

 

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10:59 Écrit par Jean-Paul dans Migrations | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

05/05/2017

Eldorado

Eldorado



Par un matin clair, nous sommes partis, là-bas,
Vers cet Eldorado lointain, vers l’Italie !
Nous avons pris nos sacs, tels de pauvres coolies,
Et quitté nos maisons, nos amis, d’un bon pas.

Calmement, nous partons, ne nous retournant pas
Sur la ville étirant ses murs sales et gris ;
Sous nos boubous légers, nous portons des grigris,
Qui nous protégeront des dangers, du trépas. 

Nous traversons les ergs, les ksour et les casbahs,
Bamako, Tombouctou, le Hoggar, l'Algérie…
Les caravansérails, les oasis fleuries
Offrent le gîte, un peu de repos, un repas.

Habillés de burnous usés, de djellabas,
Nous errons dans les souks où l'on s'agite et crie,
Palpant les gandouras, les caftans, les soieries,
Humant les bois précieux, le cumin, le tabac.

Nous longeons les oueds sans fin du Sahara,
Et marchons au soleil, épuisés, pieds meurtris,
Croisant des cavaliers, des jeeps, des méharis,
Des camions ensablés sur ces chemins ingrats… 

Chaque heure, chaque instant, c'est un bien dur combat,
Et nous gémissons devant les sources taries...
Nous heurtons des cailloux, foulons l'herbe flétrie,
Buvant de l'eau, mangeant si peu, parlant tout bas.

Le soir, nous nous couchons, ventre vide, corps las,
Allongeant sur le sol nos membres affaiblis,
Tremblant de froid, rêvant d’un bon feu, d’un bon lit ; 
À l'aube, nous allons, faméliques fellahs…

Sur la route est tombé notre frère Abdallah ;
Il est mort doucement, sans souffrir, sans un cri.
Voit-il, au Paradis, les sublimes houris
Aux yeux d'ambre et de jais promises par Allah ?

Nous découvrons, au Nord, les bazars de Sebha,
Tripoli, ville énorme où règne l'anarchie,
Sa médina, dédale aux ruelles blanchies... 
Et nous voyons briller la mer, en contrebas !

À l’horizon lointain, est-ce Lampedusa,
Cet îlot désolé, porte de l’Italie,
Avant Naples, Milan, Munich, la Westphalie,
Un endroit où dormir, un travail, un visa ? 


Trois jours, nous dérivons sur la mer infinie,
Sans manger, sans dormir, étrange colonie
De quatre-vingts migrants sur une barque instable...
 
Balloté sur l’eau comme une noix de coco,
Notre bateau se bat contre le sirocco,
Les courants, les récifs, les vagues inlassables.

L’un de nous s’est noyé, emporté par les lames ;
Certains sont étendus, serrant près d'eux leurs femmes.
Des enfants, bercés par des mères impuissantes, 
Ferment les yeux, sombrant dans une nuit sans rêves...
Sous la houle, l’esquif s'enfonce, se soulève, 
Retombe lourdement, dans l’écume brillante.

Nous scrutons l'horizon, espérant une terre,
Un port de pêche, un phare, une île solitaire ;
Partout, la mer, le ciel immense et immuable...
Le vent nous a portés vers une anse idyllique ;
Nous débarquons, versons des pleurs, baisons le sable,
Remerciant Allah d'avoir quitté l'Afrique !

Soudain, nous entendons un muezzin qui chante !
Mais quel est ce drapeau caressé par la brise,
Vert, rouge, noir ? Qui sont ces gens aux bottes grises,
Pantalon beige et brun, mitraillette luisante ?
Ce ciel si bleu, si pur, cette plage jolie,
Ces petites maisons, ce n’est pas l’Italie ?

Et moi, tranquillement, j’enlève mes chaussures,
Mon kufi, mes colliers, misérables parures,
J’abandonne mon sac, si léger sur le dos,
J’ôte mon saroual déchiré, ma chemise,
Et j’entre dans la mer, à la fraîcheur exquise,
Et je nage loin, très loin, vers l’Eldorado…

 

Jean-Paul Labaisse, 7 janvier - 16 février 2017,
 
Plus de 80 migrants ont échoué le 4 janvier 2017 sur une plage libyenne. Après trois jours sur une mer agitée, ils pensaient être arrivés en Italie, alors qu’ils étaient revenus à leur point de départ…

Merci à Fabienne pour son aide précieuse et sa relecture attentive !

 

 

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Tombouctou

 

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Le Hoggar (Algérie)

 

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13/04/2017

Le Héron

Le Héron



Je suis un échassier d'une espèce nouvelle :
Sur une seule jambe, en équilibre instable,
J'avance prudemment, lente grue demoiselle,
Évitant les tapis sournois, les pieds de table,
 

Pauvre héron juché sur ses longues béquilles,
Je ressemble si peu à ce bel
oiseau grêle ;
Sur mes pattes d'acier, je tangue, je sautille,
Regrettant seulement de ne pas avoir d'ailes...


Je me traîne, flamant géant, vers mon fauteuil,
Petit nid tout confort où m'attendent des livres,
Des journaux, les coffrets qu'Amazon me délivre.


À la vitre, je vois bondir un écureuil,
Semblant narguer, l’oeil vif, les oreilles dressées,
Ce curieux volatile à la patte cassée.



Jean-Paul Labaisse, mars 2017.
poème inspiré par mon immobilisation forcée
du 7 février au 20 mars,
suite à une opération du genou.

 

 

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20:03 Écrit par Jean-Paul dans Poèmes Intimes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

16/03/2017

Sur la Plage

Sur la Plage

 

Je marchais sur la plage enveloppée de brume.
Malia disparaissait dans ce monde irréel.
Sur l’horizon, la mer se mélangeait au ciel.
Des vagues, à mes pieds, déposaient de l’écume.


Très loin, j’apercevais une forme bizarre :
Était-ce une bouée, un navire perdu,
Une île, un animal ? Sur ce monstre inconnu,
Le chien aboyait, puis filait dans le brouillard.


Des lumières s’allumaient, lampes ou étoiles,
Luisant sur la mer grise et dans le ciel opale,
Entre le jour et la nuit froide de décembre…


La lune diffusait sa pâle clarté d’ambre.
Et moi, j’allais tranquillement, le regard vague,
Bercé par la chanson douce et triste des vagues.

 
 décembre 2016.

 

 

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21:08 Écrit par Jean-Paul dans Poèmes Intimes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

09/03/2017

Alep

Alep

 

 

Sur Alep en feu, combien d’obus et de bombes, 
De balles, de barils, d’explosions par seconde ?
Et combien de maisons brûlées, de murs qui tombent,
Sous l’œil indifférent des barons de ce monde ?


Jadis, Alep brillait dans la lumière blonde.
Des gamins dévalaient la rue, filaient en trombe,
Chipant, sur les bazars, des grenades bien rondes,
Des fruits mûrs. Dans le ciel s’ébattaient des colombes.


Au milieu des gravats, des briques, des décombres,
Un enfant ramasse une pierre, arme sa fronde,
Et tire, très haut, vers les bombardiers sans nombre,


Vers Dieu ou vers Allah, qui se tapit dans l’ombre,
Impassible, ne voulant rien voir, rien entendre…
Il pleut des larmes de sang sur Alep en cendres.

Jean-Paul Labaisse,
15 décembre 2016

 

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08/01/2017

Le Dormeur de Bodrum

 

Le Dormeur de Bodrum

  
à la mémoire d’Aylan, innocente victime de la bêtise des hommes...

Merci à Arthur Rimbaud pour sa collaboration.

 
 

C’est une plage de sable où bruissent les vagues
Et fredonne le vent sous le ciel translucide ;
C’est un coin oublié, un lieu paisible et vague
Où l’on sommeille et rêve au bord de l’eau limpide.


Un jeune enfant, tee-shirt rouge, pantalon bleu,
Les cheveux caressés par la mer fraîche et douce,
Dort ; il est allongé dans le sable moelleux,
Pâle dans son lit blond où la lumière mousse.


Les pieds bercés par l'onde, il dort. Souriant comme
Sourit un enfant de trois ans, il fait un somme,
Cajolé tendrement par mille rayons d’or. 

 

C’est un petit garçon à la tête bouclée
Qui dort dans le soleil, les bras le long du corps,
Tranquille. Ses poumons sont remplis d'eau salée. 

 

 Jean-Paul Labaisse, 3 septembre 2015.

 

 

  

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L'Empire des Lumières (Magritte)

L'Empire des Lumières

 


Magritte, grand ciel bleu tapissé de nuages,
Cavaliers égarés parmi les arbres blêmes,
Seins, troncs, rocs, dans l'azur, images et mirages…
- Ceci n'est pas un vers, cela n'est point poème…

 

 



     Cette maison déserte, et ces grands arbres noirs....
     Quelle heure est-il ? Sommes-nous au matin, au soir ?
     Personne ne vient, personne ne passe, ici,
     En ce lieu incertain, où nul soleil ne luit...


     Est-ce la nuit, le jour, l’aube, l’après-midi ?
     A l’horloge, midi sonne... Non, c’est minuit...
     Ni lune, ni soleil, seulement des nuages,
     Et le ciel limpide, en l’étrange paysage....


     Une lampe scintille, à peine, à la fenêtre,
     Et ses faibles rayons baignent la nuit profonde...
     O cette clarté pâle et douce, au cœur du monde !


     Dormons-nous, rêvons-nous ? Est-ce un songe, peut-être ?
     Quelle heure, de quel jour ? Dimanche, ou bien lundi ?
     A l’horloge, minuit sonne... Non, c’est midi...

 

 

Jean-Paul Labaisse 1999.


 

 

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1954, Huile sur Toile, 146 x 114 cm
Bruxelles, Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique

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23/11/2016

Dans la Forêt

Dans la Forêt
 


Les feuilles jonchaient le sol, jaunes, brunes, rousses.
Sur le bois désert tombait une brume blanche,
Habillant d’un manteau les buissons et les branches.
On respirait un parfum d’humus et de mousse.


Je marchais tranquillement dans ce monde en deuil,
Et mes bottes s’enfonçaient dans la terre humide.
Devant moi furetait Malia, chienne intrépide,
Reniflant les troncs, poursuivant les écureuils.


Le sentier descendait, montait, tournait sans fin,
Suivait le cours d’un ruisseau, longeait un ravin.
On devinait, plus bas, un étang invisible.


Un petit pont semblait flotter sur l’eau paisible,
Et moi, je me perdais au sein de ce brouillard,
Heureux, n’espérant pas arriver quelque part…

 

  Jean-Paul Labaisse
  21 novembre 2016.

 

 

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Etang du Fer à Cheval

 

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Drève des Enfants Noyés

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23/05/2016

Neuf heures onze

Neuf heures onze

 


à la mémoire des victimes des attentats
 de Bruxelles du 22 mars 2016.

 


Dans le métro bondé, c’était l’heure du rush ;
Des cadres consultaient leurs mails sur des tablettes,
Un grand adolescent jouait à Candy Crush,
Un retraité lisait calmement sa gazette.


Mérode, Pétillon, Montgomery, Schumann…
Tous ces noms surgissaient dans le noir des tunnels.
Cette femme écoutait un morceau de Goldman,
Ce garçon fredonnait une chanson d’Adèle…


Et soudain, un grand bruit, une grande lumière,
Des corps sans vie couchés dans les éclats de verre,
Des visages sanglants au milieu des décombres.


Dispersés sur le sol, GSM et Smartphones
S’allument, vibrent longuement, clignotent, sonnent,
Puis s’éteignent, dans le silence et la pénombre…

 


22 mai 2016.

 

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07/04/2016

Sept heures cinquante-huit

Sept heures cinquante-huit

 

à la mémoire des victimes des attentats
 de Bruxelles du 22 mars 2016.

 

 

Ils étaient arrivés tôt à l’aéroport.
Istanbul, Kinshasa, Madrid, Washington, Londres…
Tous ces noms défilaient, changeaient dans la seconde.
Ils tenaient à la main visas et passeports.


L’un apercevait déjà la cité d’Angkor,
Cet étudiant partait à l’autre bout du monde,
Celle-ci s’endormait, tranquille, au bord de l’onde,
Cet homme rejoignait son épouse à Francfort.


Mais ils ne verront pas les lagons et les plages,
La lumière du soir sur les temples magiques,
Ils ne sentiront plus les parfums de l’Afrique.


Ils sont couchés sur le sol, près de leurs bagages,
Le visage éclairé par un soleil timide,
Et leurs passeports ont glissé de leurs mains vides...

 


29 mars 2016.

 

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L'oiseau du Ciel, de René Magritte, qui fut longtemps
l'emblème de la Sabena, compagnie d'aviation nationale belge

 

 

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Bruxelles

Bruxelles

 

à la mémoire des nombreuses victimes
des attentats de Bruxelles du 22 mars 2016.
Pourquoi tant de haine et d'intolérance ?

 

Le soleil se levait doucement sur Bruxelles.
Des amoureux s’embrassaient place de Brouckère ;
Au Mont des Arts chantaient des pinsons et des merles ;
Un vieillard somnolait sur un banc, solitaire.



Le soleil brillait et Bruxelles était si belle !
L’hôtel de ville scintillait sous la lumière,
Et l’on apercevait l’archange Saint-Michel
Terrassant le dragon de son épée de fer.



Mais des nuages noirs ont brusquement paru,
Obscurcissant le ciel et voilant le soleil.
Les amoureux ont fui, les oiseaux se sont tus…



Sur la Grand-Place s’écoule un ruisseau vermeil.
Saint-Michel, là-haut, verse des larmes amères
Qui tombent doucement sur les statues de pierre.

 


24 mars 2016.

 

Une version musicale du poème se trouve sur le site
 escapade poétique et musicale (merci à Automnale  et Jean-Marie)

 

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Saint-Michel terrassant le dragon,
au sommet de l'hôtel de ville de Bruxelles

 

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  Prudentia, une des statues du portail de l'hôtel de ville

 

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L'émouvant hommage de Plantu dans le journal le monde



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Photo prise ce 25 mars à midi, place de la Bourse...  

 

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25 mars à midi
 

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 L'hommage rendu aux victimes, le 23 mars, place de la Bourse 

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31/10/2015

Au Bois de la Cambre

 

Au Bois de la Cambre

 

 

C’est un bel après-midi au bois de la Cambre ;
Sur le gazon bien vert bronzent des jeunes gens,
Des filles profitant du soleil de septembre,
Des garçons torse nu, le sourire engageant.


On aperçoit des chiens qui gambadent gaiement,
Des bouts d’choux essayant de tenir sur leurs jambes,
Puis trébuchant dans l’herbe – aussitôt la maman
Console le bambin d’un bisou sur la tempe !


Dérivent sur le lac de paresseuses barques ;
 
Des canards, en famille, avancent dans l’eau grise.
Et moi, tranquillement, je me promène au parc,


Je retiens Malia qui, la truffe dans la brise,
Hume mille senteurs, renifle troncs et feuilles,
Faisant s’enfuir les vifs et gracieux écureuils.

 


Jean-Paul Labaisse, octobre 2015.

 

 

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23:25 Écrit par Jean-Paul dans Poèmes Intimes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

29/10/2015

Fabienne

 

Fabienne

 


 à la femme de ma vie…

 

 

Elle a les cheveux bruns et drus, de jolis yeux
Aux reflets verts – sont-ils marrons ou bien dorés ?
Une bouche petite et le menton carré,
Des mains à la peau douce, des poignets gracieux.


Dans le salon amoureusement décoré,
Elle a mis quantité de bibelots précieux,
Des statues, des bouddhas, des masques mystérieux,
Des éléphants en bois, des chameaux colorés.


Elle aime voyager, Europe, Asie, Afrique,
Découvrant Bangkok, Fès, la mer Adriatique,
S’égarant dans les rues d’immenses capitales…


Petit Poucet heureux, elle envoie dans le monde
Des billets charmants et joyeux, cartes postales
Qu’elle remplit de sa belle écriture ronde !

 

 

Jean-Paul Labaisse, 26 octobre 2015.

 

 

 

 

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22:31 Écrit par Jean-Paul dans Poèmes Intimes | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Dans le Ciel

 

Dans le Ciel

 
 
d’après Beams, de Paul Verlaine

 
 

Elle voulut aller sur la voûte des cieux ;
Comme le vent soufflait et montait vers les nues,
Nous suivîmes gaiement cette belle inconnue,
Et nous voilà sur les chemins vertigineux.


Le soleil luisait haut dans le ciel transparent,
Et faisait scintiller sa chevelure blonde ;
Nous avancions, joyeux, loin des hommes du monde,
Qui semblaient si petits dans l’espace si grand !


Des oiseaux étonnés volaient autour de nous,
Des avions blancs filaient au-dessus de nos têtes,
Et nous suivions toujours cette blanche comète,
Humant dans son sillage un parfum vert et doux.


Elle se retourna, montrant son beau visage,
Se demandant peut-être où se trouvaient nos ailes ?
Mais nous voyant heureux d’être au ciel avec elle,
Elle reprit sa route au milieu des nuages.

 


Jean-Paul Labaisse, septembre 2015.

 

 

 

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22:18 Écrit par Jean-Paul dans Poèmes Intimes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Malia

 

Malia

  

 

Elle me regardait, de ses bons yeux tranquilles,

Lovée sur les coussins de son moelleux fauteuil, 
Le corps bien installé, les pattes immobiles,
Disant, à sa façon : toi, je te tiens à l’œil !


Elle inclinait vers la rue son museau gracile,
Observant, à travers les branches et les feuilles,

Les gens suivis de chiens joyeux et indociles, 
Le vol d’un étourneau, les bonds d’un écureuil.



Parfois, elle penchait sa tête rousse et blanche,
Humant l’air de sa truffe, agitant une oreille ;
Son poil semblait de cuivre et d'or dans le soleil. 


Elle tournait vers moi, en ce calme dimanche,
Ses grands yeux bruns bordés de noir, ses beaux yeux d’ambre,
Attendant sa promenade au bois de la Cambre.

  
Jean-Paul Labaisse, août 2015.

 

 

 

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22:17 Écrit par Jean-Paul dans Poèmes Intimes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

La Façade

La Façade

 


Le long d’une façade où s’ouvrent les fêlures,
Des dessins dévorés de mousses ont grandi,
Fleurissement de lierre aux folles chevelures
Germant et bourgeonnant sur ce vieux mur verdi.


Ce ne furent d'abord que d’herbus graffitis,
Aujourd’hui devenus fabuleuses gravures
Amusant des gamins effrontés, divertis
Par cette efflorescence aux fragiles nervures.


Ils bâtissent châteaux et palais enchantés
Dans ces fleurs du hasard aux profils tourmentés
Offrant un peu de rêve à leurs âmes blessées.


D’un trou sombre crevant la fraîche floraison
Sort une vieille, traits fanés, lèvres plissées,
Qui tire les enfants pauvres dans leur prison.


Jean-Paul Labaisse 1980-2009.

 

lierre

 

facade

Photo prise à Dubrovnik, merci à toi Luc !

22:12 Écrit par Jean-Paul dans Poèmes de Jeunesse | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Vermeer

Vermeer, boudoir discret, alcôve où se murmurent
En secret, des billets tendres, des mots d’amour,
Guitare, virginal, luth, dans le demi-jour,
Perles et bijoux fins, qu’ombragent les tentures.

 
 

 

Jeune Femme lisant une Lettre

 

Elle est debout devant la fenêtre, immobile,
Le visage effleuré par les premiers rayons ;
Le soleil du matin baise son front tranquille,
Le vent folâtre et frémit sur ses cheveux blonds.


Elle tient dans ses mains une lettre embaumée,
Qu’elle lit et relit, à la clarté du jour ;
Elle a bien reconnu la signature aimée,
Les mots tendres, les mots qui racontent l’amour !


Ô parfum de la lettre et son papier soyeux
Que l’on caresse, avec ferveur, du bout des doigts,
Ses feuillets que l’on plie et serre contre soi !


Ô la lettre reçue et ses accents joyeux,
Ses serments pleins de fièvre et d’ardeur, ses je t’aime,
Chanson douce à l’oreille et merveilleux poème !

 

 

Jean-Paul Labaisse 1996 – 2015

 

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Jeune femme lisant une lettre
Huile sur toile, 83 x 64 cm
Gemâldegalerie, Dresde

               

 

 

          La Jeune Fille à la Perle

 

 

    
     C’est une délicate et douce demoiselle.
     A son oreille luit une perle discrète ;
     Dans ses grands yeux rêveurs des clartés se reflètent.
     Elle ignore combien elle est gracile et belle...


     Un bonnet jaune et bleu enveloppe ses tresses.
     Elle tourne vers nous sa figure tranquille,
     Elle ne parle pas, elle attend, immobile. 
     On voit, dans ses yeux clairs, des lumières qui naissent…


     C’est une enfant de seize ou dix-huit ans, à peine,
     Qui découvre, en son miroir, sa beauté première ;
     Un sang bleuté, un sang fluide court dans ses veines.


     Ce sera une amante, une épouse, une mère.
     A cet instant, ce n’est qu’une très jeune fille,
     Dans la pénombre douce et dont le regard brille.

 

                                                            Jean-Paul Labaisse 1996.           

   

 

 

jeune fille à la perle

La Jeune Fille à la Perle, ou La Jeune Fille au Turban
Huile sur toile, 45 x 41 cm
Mauritshuis, La Haye

 

 

 

          La Dentellière

 

 

 


     Elle avance les doigts dans la lumière douce,
     Et sa nuque s’incline  et sa tête se penche ;
     Elle tisse, sans bruit, de ses belles mains blanches.
     Un rai de soleil fait briller ses boucles rousses.


     Sur le carreau de bois, elle a mis des bobines,
     Des fuseaux, du fil rouge et jaune, des aiguilles,
     Et ses doigts délicats, ses mains de jeune fille
     Touchent le doux tissu, frôlent l’étoffe fine.


     De l’écheveau de lin se forment des figures,
     Des feuillages légers, des lys, des ancolies,
     Des gerbes, des bouquets, des bordures jolies.


     Au milieu des festons, des feuilles, des nervures,
     Telle une fleur de soie, telle une frêle ombelle,
     Mystérieuse, naît la fragile dentelle.

 

                                                            Jean-Paul Labaisse 1997.

 

 

 

dentellière

Huile sur toile, 24 x 21 cm
Musée du Louvre, Paris

 

 

 

 

 

          Vue de Delft

 

 

 

     C’est une ville calme et douce, au bord de l’eau,             
     Où ralentit la vie, où les gestes s’enlisent ;
     Le fleuve réfléchit des formes imprécises,
     Des murailles, des tours, des barques, des bateaux.


     On devine les ponts au-dessus des canaux,
     Les maisons et les toits se mirant dans l’eau grise ;
     S’élancent vers le ciel les flèches des églises,
     Les clochetons, le haut beffroi, les lanterneaux.


     Sur la rive, debout, des silhouettes sombres,
     Immobiles parmi les reflets et les ombres ;
     Le temps se fige, ici, rien ne vit, rien ne bouge…


     Un rayon vient percer les nuages changeants,
     Et brille sur les murs jaunes, les briques rouges,
     L’altière Nieuwe Kerk et son clocher d’argent.

 

                                             Jean-Paul Labaisse 2000.

 

 

 

 

vue de delft 2

Huile sur toile, 98 x 117 cm
Mauritshuis, La Haye

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

22:08 Écrit par Jean-Paul dans Tableaux d'une Exposition | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

La Chatte

 

La Chatte

 
 
à la mémoire de Puce

 

Elle était blanche et noire avec de grands yeux verts,
Et se tenait devant la fenêtre, immobile,
Observant calmement notre monde futile,
Les passants qui filaient, le parapluie ouvert.


La neige enveloppait doucement l’univers
D’un fin manteau fondant sur les pavés humides ;
La chatte regardait fuir ces formes livides,
Et les phares brillaient dans le froid de l’hiver.
 
 
Elle était bien au chaud derrière la fenêtre,
S’étonnant de ce triste et singulier cortège,
De ces gens qui peinaient dans la pluie et la neige…


La chatte se blottit dans les bras de son maître,
Bienheureuse, clignant ses yeux verts et limpides,
Ses grands yeux remplis d’or et de jade liquides.

 

 

Jean-Paul Labaisse, août 2015.

 

 

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22:07 Écrit par Jean-Paul dans Poèmes Intimes | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Le Messager

 Le Messager

 
   
Par un matin d’été renaissant dans le ciel,
Un oiseau, le regard tendre et mélancolique,
Blanche apparition de l’aube bucolique,
Est venu me surprendre en mon rêve éternel.


La brise ébouriffant son plumage incolore,
Il dirigeait vers moi sa tête au teint vermeil,
Et semblait me sourire en ses yeux de soleil,
Le gosier frissonnant dans le froid de l’aurore.


Messager d’un espoir dont je ne savais rien,
Il se tenait au cœur d’une pure lumière,
Caressant de rayons ma chambre de misère,
Soudainement ouverte à son souffle aérien.


Je savais qu’il venait des empires funèbres
Où il avait pu lire, en de sombres miroirs,
Le reflet de ma vie inscrit dans les cieux noirs,
Destin abandonné par les dieux aux ténèbres.


Il avait traversé les éthers ignorés,
Où des astres brillants font leurs parfaites rondes,
Tournant sans fin autour d’étoiles vagabondes,
Et baignés par l’ardeur de soleils mordorés.


Issu de la douceur de la clarté lunaire,
Il avait dû fermer les yeux dans un sommeil
Tout miroitant d’un songe au mirage vermeil,
Pour revivre au sommet de l’arbre millénaire.


Il avait chaviré sous le ciel tournoyant
Qui, chaque soir, chuchote aux plus vagues nuages,
Les douloureux décrets, les frémissants messages
De Celui qui gouverne Infini et Néant.


Peut-être savait-il la nuit inconsolée
Du renouveau de l’âme, au-delà de la mort,
Au moment où, paisible et libre de remord,
Elle part calmement vers la divine allée ?


Et sans doute était-il l’oiseau de paradis,
Poète sidéral revenu sur la terre,
Afin de murmurer le secret trinitaire
Des archanges peuplant les limbes interdits ?


Il avait embrassé la brume ensorcelée
Des royaumes défunts, où des spectres lointains
Montrent leurs fronts blafards et leurs regards éteints,
Passagers immortels du dernier mausolée.


Sa mémoire n’était que corridors princiers,
Et son sublime esprit tout peuplé de délire
Connaissait l’Inconnu, que rien ne peut traduire,
Ni les Mages nouveaux, ni les anciens Sorciers.


Je pensais qu’il voulait me conter son voyage
Dans l’espace et le temps, au cœur de l’univers,
Où vont mourir, auprès des territoires verts,
Les animaux sacrés, les hommes de courage.


Et même, je croyais qu’il me dirait enfin,
La vérité sur les choses et sur les êtres,
La clarté qui s’enfuit des célestes fenêtres,
Le visage de Dieu dans le ciel souverain.


J’ai doucement parlé à l’oiseau de mystère,
Modulant ma pensée au rythme de son cœur,
Approchant de mes mains son corps plein de vigueur,
Pour lui faire entrevoir mon âme solitaire.


Le divin messager ne m’a pas répondu,
Il a baissé ses yeux d’où s’écoulaient des larmes,
Et s’échappa léger, dans un envol de charmes,
Très loin, vers l’horizon immense et défendu. 


L’oiseau ne m’a laissé qu’une plume soyeuse,
Scintillant dans les rais d’or du soleil levant,
Et qu’un filet de brise, une haleine de vent,
Agitait faiblement dans l’aube merveilleuse.


Reviendras-tu bientôt, frère au tendre regard,
Par un matin d’été plein de douces lumières,
Interrompre mon rêve, et ouvrir mes paupières
Sur un monde plus beau, sur un ciel sans brouillard ?

  
Jean-Paul Labaisse, 1983.
corrigé en 2015.




Adieu à l'Enfance


 

Ô toi qui fus l’ami de mon enfance,
Tu disparus un jour de grand soleil ;
Tu me fis découvrir les fruits vermeils
Qui naissent dans les fleurs de l’innocence.


Je ne puis oublier la nuit limpide
Où tu m’appris le monde et ses trésors ;
Les étoiles pleuraient des larmes d’or,
Les soleils traversaient le ciel livide.


Avec toi je n’ai plus connu la peur
De l’horizon noir et de ses mystères ;
Tu m’as emporté loin de notre terre,
Me serrant contre toi et ta chaleur.


Seul, j’ai grandi sous ton ombre géante,
Sans me préoccuper de l’avenir ;
Je n’ai pas su que tu devais partir
Là-bas, vers l’horizon et ses tourmentes.


Pourtant, tu viens parfois hanter mes rêves
Sous forme d’un oiseau aux yeux brillants ;
Tu ne me dis plus rien et, en pleurant,
Tu t’enfuis, sans un bruit, vers d’autres grèves.

 

 Jean-Paul Labaisse 1983.

 

 

 

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Ignacio Pinazo Camarlench - Paloma

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14/09/2014

Mutshatsha

Mutshatsha            

 

C’est un poste de brousse au fond du Katanga,
Quelques maisons le long d’une route sans vie,
Le sol rouge strié de noir, l'herbe jaunie,
Le ciel démesuré… Ici, c’est Mutshatsha.


La gare semble vide, on voit des wagons plats,
Des quais déserts, des trains et des locomotives,
Qui porteront demain le cobalt et le cuivre
Vers Lobito, vers l’Atlantique et l’Angola…


J’ai quitté le chemin et je marche au hasard,
Tranquille, j’aperçois des fourmis, des lézards,
De légers papillons montrant leurs ailes blanches.


Je respire la bonne odeur du bois brûlé,
J’écoute frissonner les feuilles et les branches,
Et je m’endors blotti près d’un arbre isolé…

 

                                        septembre 2014.

 

                                                             

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07/09/2014

Rayon d'Hiver

Rayon d’Hiver




Rappelle-toi, Maman, ferme un instant les yeux…
Ton départ au Congo, lointaine colonie,
La venue des enfants et leurs rires joyeux…
Combien de temps, déjà, combien de décennies ?


Maman, prononces-tu parfois ces noms magiques,
Port-Francqui, Mutshatsha, Likasi, Bukavu ?
Rappelle-toi ces fruits et ces fleurs magnifiques,
L’ocre du Katanga, le bleu du lac Kivu…


Mais l’Afrique pâlit lentement, comme un rêve
Qui s’évapore et fuit quand le soleil se lève,
Un livre un peu étrange aux pages effacées…


Dors tranquille, Maman… Par la vitre glacée,
Un rayon tendre et doux effleure tes paupières,
Et pose sur ton front un baiser de lumière…

 

                                                 septembre 2014,
                                                 80ème anniversaire de Maman.

 

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06/06/2011

Un Endroit tranquille

 

Un Endroit tranquille




C’est un endroit tranquille où chuchotent les arbres,
Où chantent doucement des oiseaux invisibles ;
Le soleil fait briller les pierres et les marbres,
Et réchauffe ceux qui sont couchés là, paisibles.


C’est un lieu de silence, à l’écart de la route,
Que bornent de hauts murs envahis par la mousse ;
On y flâne, on s’y perd, on rêve un peu, on doute…
Dormirons-nous demain sous cette herbe si douce ?


Je lis ce nom inscrit à jamais sur la pierre,

Jean Labaisse, ces deux dates froides et vaines…
Combien de jours heureux, dis-moi, combien de peines ?
 

Tu reposes ici, tranquille, toi mon père,
Dans cet endroit secret où chantent les oiseaux,
Dans ce lit de terre aussi tendre qu’un berceau.



Juin 2011.

 

 

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31/10/2010

Brise de Nuit

Brise de Nuit





Je ne toucherai plus ta main aux doigts fragiles,
Je ne verrai plus le bleu de tes yeux limpides,
Tes beaux cheveux d’argent, ton visage et tes rides,
Non, je n’entendrai plus ta voix chaude et tranquille…


Désormais, la maison semble bien grande et vide,
Et ton bureau est plein d’une pénombre grise ;
Près de ton vieux fauteuil, on sent comme une brise
Qui passe doucement, soupir faible et timide.


Sur le jardin rempli de fleurs à peine écloses
Souffle un zéphyr secret, une haleine embaumée
Qui berce les buissons, les arbres et les roses.


Je marche dans la nuit paisible et parfumée,
Et je sens dans mon dos que s’approchent des pas,
Et j’entends une voix qui me parle tout bas…


à la mémoire de mon père,
décédé le 11 août 2010.

 

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