15/09/2009

Salammbô (Flaubert)

Salammbô


I Le Festin

 

« C'était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Hamilcar. Les soldats qu'il avait commandés en Sicile se donnaient un grand festin pour célébrer le jour anniversaire de la bataille d'Eryx, et comme le maître était absent et qu'ils se trouvaient nombreux, ils mangeaient et ils buvaient en pleine liberté.. »

 

Gustave Flaubert

 

 

C’était un grand festin que donnait Hamilcar.
Les soldats s’installaient au jardin, pêle-mêle,
Les Libyens, les Gaulois aux longs cheveux rebelles,
Les Ligures, les Noirs, les Grecs, vaillants briscards.
 

On amena des paons, des oryx, des canards,
Des chevreaux cuits au vin, des gigots de chamelles
Sentant bon le safran, le cumin, la cannelle…
Sur les brasiers fumaient d’épais morceaux de lards.  


Au sommet du palais apparut une femme ;
Son visage brillait sous l’éclat des flambeaux.
Des soldats murmuraient  : « Voyez, c’est Salammbô ! »


Mâtho la contemplait, les yeux remplis de flammes ;
Cette forme, très loin, qu’il devinait, était-ce
Didon, Isis, Tanit ? – ô ma Reine, ô Déesse !

 

 

Mucha 1896

Salammbô, Mucha 1896

 

II Salammbô

 


« Elle dormait la joue dans une main et l’autre bras déplié. Les anneaux de sa chevelure se répandaient autour d’elle si abondamment, qu’elle paraissait couchée sur des plumes noires, et sa large tunique blanche se courbait en molles draperies jusqu’à ses pieds, suivant les inflexions de sa taille. »
                                                             Gustave Flaubert


La lune se levait doucement sur Carthage.
Une ombre escalada l’enceinte du palais,
Traversa l’atrium où des torches brûlaient,
Fila vers la terrasse et le dernier étage.
 

La princesse dormait, son pâle et pur visage 
Baigné de fins rayons… Est-ce qu’elle rêvait ?
Mâtho le mercenaire était à son chevet,
Tout frissonnant devant cette fille sauvage.


Il se pencha vers elle, effleurant ses cheveux.
Elle se réveilla soudain, ouvrit les yeux :
Quelle était cette voix lui caressant  l’oreille


Et chuchotant ces mots si doux, ces mots si beaux ?
Il prit sa main, fixa longuement Salammbô,
Puis disparut, sans bruit, dans l’aurore vermeille.

 


Prouve_Salammbo

Victor Prouvé (1867-1947) en collaboration avec Camille Martin (1861-1898) et René Wiener (1855-1939)
Reliure de Salammbô, 1893
Musée de l'Ecole de Nancy

 

 

III Mâtho

 

« Il arriva juste au pied de la terrasse. Salammbô était penchée sur la balustrade ; ces effroyables prunelles la contemplaient, et la conscience lui surgit de tout ce qu'il avait souffert pour elle. Bien qu'il agonisât, elle le revoyait dans sa tente, à genoux, lui entourant la taille de ses bras, balbutiant des paroles douces ; elle avait soif de les sentir encore, de les entendre ; elle ne voulait pas qu'il mourût ! »

Gustave Flaubert

 

 

Carthage célébrait une splendide fête.
On avait ravivé les couleurs des frontons,
Décoré l’agora de fleurs et de festons.
Salammbô se tenait à côté du Suffète.


Un homme était debout, l'œil fier, dressant la tête ;
On reconnut Mâtho, bien qu’il fût en haillons.
La foule l'insultait, lui lançait des tessons,
Des pierres... Il allait, traqué telle une bête.


Sa peau brûlait, ses chairs s’en allaient en lambeaux.
Le front saignant, Mâtho regardait Salammbô ;
Il s'approcha, voulut lui dire quelque chose...


Il marcha, trébucha, tomba - il était mort.
Salammbô tressaillit, toute blême, et son corps                    
S’affaissa sur le marbre aux dessins noirs et roses.

 

Jean-Paul Labaisse août - septembre 2009.

 

 

 

Bussiere,Gaston_-_Salammbo,_1907

Gaston Bussière, Salammbô 1907

 

 

salammbo jeux

Salammbô, dans un jeu PC signé The Adventure Company, inspiré de Flaubert et de Druillet...

23:17 Écrit par Jean-Paul dans Oeuvres Littéraires | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Bonsoir,
Très heureuse de découvrir ce blog!
c'est un plaisir de le parcourir...j'ai des lacunes je ne connaissais pas Jean-Paul Labaisse :-)
Amicalement
Marcelle

Écrit par : marcelle Pâques | 16/09/2009

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