19/12/2009

Hannibal (Tite-Live)

Hannibal

 

 

Hannibal monnaie 1

Pièce de deux shekels en argent exposée au British Museum

 

 

 

I La Traversée des Alpes

 

« On arriva ensuite à une roche beaucoup plus étroite encore, et si escarpée, que les soldats, sans armes, sans bagages, sondant la route à chaque pas, se retenant avec les mains aux broussailles et aux souches qui croissaient à l'entour, avaient une peine infinie à la descendre. L'endroit, déjà fort raide par lui-même, l'était devenu bien davantage par un éboulement de terre tout nouveau,qui avait formé un précipice d'environ mille pieds de profondeur. »

Tite-Live

 

 


Lui, c’était Hannibal Barca, fils d’Hamilcar ;
Il avançait, montant un éléphant splendide,
Et ses troupes suivaient, des cavaliers numides,
Des fantassins gaulois, de valeureux soudards.


Le vent du Nord soufflait, cinglant comme un blizzard ; 
Devant eux s’élevaient des crêtes et des cimes,
Des torrents, des glaciers et des lacs, des abîmes,
Des gorges, des ravins noyés dans le brouillard.


Ils marchaient à grand-peine, ils glissaient dans la neige,
Et l’on voyait passer cet étrange cortège,
Eléphants et chevaux se mélangeant aux hommes…  


Dressé sur sa fameuse et superbe monture,
Hannibal, seul en tête, allait à bonne allure,
Rêvant de l’Italie et des remparts de Rome.

 

 

Hannibal Alpes Turner

Turner, Hannibal et son armée traversant les Alpes, 1810-1812
144,7 × 236 cm, Tate Gallery

 

 

 

 

II La Bataille de Cannes

 

 

« Le lendemain, dès qu'il fait jour, les Carthaginois se mettent à ramasser les dépouilles, et à contempler le carnage, affreux même pour des ennemis. Là gisaient des milliers de Romains, fantassins et cavaliers, pêle-mêle, comme le hasard pendant le combat les avait réunis,ou pendant la fuite. »

Tite-Live

 



Ils avaient rassemblé des soldats, par milliers,
Romains, Carthaginois, Celtes, légionnaires ;
Hannibal saluait ses vaillants mercenaires,
Le consul exhortait ses fidèles alliés.


Ce fut un dur combat entre les cavaliers ;
Les chevaux se cabraient, secouaient leurs crinières,
Et leurs sabots frappaient les fantassins ibères ;
On voyait resplendir glaives et boucliers.


Cernés par les Gaulois, attaqués sur leurs flancs,
Les Romains reculaient, résistaient, intrépides ;
Paullus ne bougeait plus, la figure livide…


Le soleil se couchait, à l’horizon sanglant,
Et ses rayons ambrés, tel un suaire d’or,
Enveloppaient  la plaine où gisaient tant de morts.

 

 

Hannibal Cana


Sébastien Slodtz, Hannibal comptant les anneaux des
chevaliers romains tombés à la bataille de Cannes, 1704
Musée du Louvre

 

 

 

 

III Les Délices de Capoue

 

 

 

« L'excès des maux les avait trouvés invincibles; ils furent sans force contre les délices de voluptés immodérées, et d'autant plus enivrantes, qu'ils les ignoraient. Aussi s'y précipitèrent-ils avec fureur. Le sommeil, le vin, les festins, les débauches, les bains et le repos, que l'habitude rend de jour en jour plus attrayants, les énervèrent à un tel point, qu'ils se défendirent dans la suite plutôt par leurs victoires passées que par leurs forces présentes.»

 

Tite-Live

 

 

 

C'était une cité pleine de bruits, d'odeurs,
Où passait une foule aux robes défraîchies,
Des soudards, des putains, de belles affranchies,
Des hommes avinés, des filles sans pudeur.


Des lupanars sortaient des rires, des clameurs,
Des murmures lascifs, des plaintes assourdies ;
Les soldats caressaient des croupes rebondies,
Et les corps se mêlaient, inondés de sueurs.


Sous la lune, Hannibal songeait à ses conquêtes,
Et voyait devant lui s’ouvrir le Capitole…
Dans le ciel étoilé brillait une comète.



Il s’endormit, rêvant de sa belle Espagnole,
Dont les longs cheveux blonds, dans la nuit argentée,
Flottaient comme un ruisseau d’or sous la Voie lactée.

 

 

 

Pompéi.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Fresque érotique sur un mur de Pompéi

 

 

 

IV  La Mort d'Hannibal

 

 

« Hannibal essaya de fuir par une porte dérobée, qu'il croyait avoir cachée à tous les yeux. Mais voyant qu'elle était aussi gardée, et que toute la maison était entourée de gens armés, il se fit donner le poison qu'il tenait depuis longtemps en réserve pour s'en servir au besoin.[…]
Après avoir maudit la personne et le trône de Prusias, et appelé sur sa tête le courroux des dieux vengeurs de l'hospitalité trahie, il but le poison. Telle fut la fin d'Hannibal. »

Tite-Live

 

 

Nostalgique, Hannibal évoque son destin…
Carthage et Mégara, leurs jardins légendaires,
Les rudes bivouacs, la gloire militaire,
Les parfums de Capoue et les charmes latins…  


Dans la pénombre, il sent comme un souffle incertain…
« Est-ce vous,  Hasdrubal, Magon, mes jeunes frères ?
Serait-ce toi, Himilce, ô ma princesse ibère ?  
D’où venez-vous ainsi, de quel monde lointain ? »


L’homme voit les soldats qui cernent la maison ;
Il prend sa lourde bague, en ouvre le chaton.
Il s’allonge à nouveau, il fait un dernier somme…


Il aperçoit des champs, tout un ciel azuré,
Une ville aux frontons vermeils, aux murs dorés…
Il entre, triomphant, dans la cité de Rome.

 

Jean-Paul Labaisse, novembre 2009 - août 2010.

 

 

Hannibal buste

Hannibal, Buste en marbre (Musée archéologique national, Naples)

 

22:45 Écrit par Jean-Paul dans Oeuvres Littéraires | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |