22/05/2018

20 rue de Septembre

20 rue de Septembre

 

 

à mes grands-parents, Juliette et Victor.

 

 

Je revois la maison, au 20 rue de Septembre,
Son raidillon menant aux rosiers négligés,
Son grenier plein d’objets anciens et mélangés,
Son salon, ses couloirs labyrinthiens, ses chambres.


Les fauteuils sommeillaient, tapis sur le sol sombre,
Et j’entendais gémir les buffets imposants ;
Des masques africains, yeux clos, le front luisant,
Chuchotaient sur les murs indistincts, noyés d’ombre…


J'observais, exposés dans un désordre étrange,
Des bibelots venant du Brésil, du Congo,
Des lampes du Maroc, des paniers indigo,
Des têtes Baluba, des tajines orange.


Un piano traînait dans un bureau sans âge ;
Je m'asseyais, ouvrant le couvercle verni,
Laissant courir mes doigts sur l'ivoire jauni.
Une horloge sonnait, quelque part à l'étage.

Tremblant, je traversais une petite salle :
Un crocodile, gueule ouverte, cou puissant,
Me fixait de ses yeux clairs et phosphorescents !
Tout en haut s'étalait une horrible mygale...


Dans la cave brillaient les chromes et les phares
D’une belle Allemande ! On devinait des sacs,
Des pinces, des rabots, des étaux, bric-à-brac
Fameux, trésor d’outils poussiéreux et bizarres…


Bobonne s’affairait, recluse en sa cuisine ;
Lunettes sur le nez, front penché, l’air sérieux,
Grand-père consultait un cahier mystérieux.
Moi, je faisais semblant de lire un magazine !


Je folâtrais parmi les arbres du verger,
Ramassant une pomme, une prune, une poire,
Un beau scarabée à la carapace noire.


Je revenais enfin, sans bruit, le pas léger.
Parrain fermait les yeux, courbant sa tête blanche ;
Grand-mère préparait le lapin du dimanche.

Ravi, je m'installais auprès d'oncle Roger,
Qui me lisait un livre et en tournait les pages,
Lentement ; fasciné, j'admirais les images !


Dans le grenier, j’ouvrais des cahiers, des recueils,
De lourds et vieux albums, des fardes bien remplies,
Reconnaissant Papa sur des photos pâlies !


Mes grands-parents, plus tard, dormaient dans leurs fauteuils ;
Leurs ronflements montaient, envahissaient l’espace !
Bobonne était l’alto, Parrain faisait la basse…


En fin d’après-midi, je foulais le gazon,
Puis me hissais sur la grinçante balançoire,
Allant très haut, heureux comme sur une foire !


Je vous revois, debout devant votre maison ;
Vous me donnez la main, dans la lumière grise,
Et tombe la nuit douce, et se lève la brise…

 

mai 2018.

 

1960 Maison de Jodoigne.jpg

La maison de mes grands-parents, 
20 rue de Septembre, à Jodoigne.

  

1947 thé à Jodoigne.jpg

Mes grands-parents, en 1947, avec leurs trois fils,
Paul, Roger, et Jean, mon père, âgé de 18 ans.

 

1960 grands-parents.jpg

Mes grands-parents, en 1960,
avec Marie-Anne, Michel, et Philippe.

 

1969 à Jodoigne.jpg

Photo de famille, en 1967, sur le perron de la maison,
avec ma grand-mère, oncle Roger,
mes parents, et leurs 5 enfants.

 

1991 bapteme Maxime.jpg

Mon grand-père, en 1991, avec mon père, Philippe, et Maxime...
4 générations réunies ! Victor disparaissait en 1993...

20:07 Écrit par Jean-Paul dans Poèmes Intimes | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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