29/10/2015

Le Messager

 Le Messager

 
   
Par un matin d’été renaissant dans le ciel,
Un oiseau, le regard tendre et mélancolique,
Blanche apparition de l’aube bucolique,
Est venu me surprendre en mon rêve éternel.


La brise ébouriffant son plumage incolore,
Il dirigeait vers moi sa tête au teint vermeil,
Et semblait me sourire en ses yeux de soleil,
Le gosier frissonnant dans le froid de l’aurore.


Messager d’un espoir dont je ne savais rien,
Il se tenait au cœur d’une pure lumière,
Caressant de rayons ma chambre de misère,
Soudainement ouverte à son souffle aérien.


Je savais qu’il venait des empires funèbres
Où il avait pu lire, en de sombres miroirs,
Le reflet de ma vie inscrit dans les cieux noirs,
Destin abandonné par les dieux aux ténèbres.


Il avait traversé les éthers ignorés,
Où des astres brillants font leurs parfaites rondes,
Tournant sans fin autour d’étoiles vagabondes,
Et baignés par l’ardeur de soleils mordorés.


Issu de la douceur de la clarté lunaire,
Il avait dû fermer les yeux dans un sommeil
Tout miroitant d’un songe au mirage vermeil,
Pour revivre au sommet de l’arbre millénaire.


Il avait chaviré sous le ciel tournoyant
Qui, chaque soir, chuchote aux plus vagues nuages,
Les douloureux décrets, les frémissants messages
De Celui qui gouverne Infini et Néant.


Peut-être savait-il la nuit inconsolée
Du renouveau de l’âme, au-delà de la mort,
Au moment où, paisible et libre de remord,
Elle part calmement vers la divine allée ?


Et sans doute était-il l’oiseau de paradis,
Poète sidéral revenu sur la terre,
Afin de murmurer le secret trinitaire
Des archanges peuplant les limbes interdits ?


Il avait embrassé la brume ensorcelée
Des royaumes défunts, où des spectres lointains
Montrent leurs fronts blafards et leurs regards éteints,
Passagers immortels du dernier mausolée.


Sa mémoire n’était que corridors princiers,
Et son sublime esprit tout peuplé de délire
Connaissait l’Inconnu, que rien ne peut traduire,
Ni les Mages nouveaux, ni les anciens Sorciers.


Je pensais qu’il voulait me conter son voyage
Dans l’espace et le temps, au cœur de l’univers,
Où vont mourir, auprès des territoires verts,
Les animaux sacrés, les hommes de courage.


Et même, je croyais qu’il me dirait enfin,
La vérité sur les choses et sur les êtres,
La clarté qui s’enfuit des célestes fenêtres,
Le visage de Dieu dans le ciel souverain.


J’ai doucement parlé à l’oiseau de mystère,
Modulant ma pensée au rythme de son cœur,
Approchant de mes mains son corps plein de vigueur,
Pour lui faire entrevoir mon âme solitaire.


Le divin messager ne m’a pas répondu,
Il a baissé ses yeux d’où s’écoulaient des larmes,
Et s’échappa léger, dans un envol de charmes,
Très loin, vers l’horizon immense et défendu. 


L’oiseau ne m’a laissé qu’une plume soyeuse,
Scintillant dans les rais d’or du soleil levant,
Et qu’un filet de brise, une haleine de vent,
Agitait faiblement dans l’aube merveilleuse.


Reviendras-tu bientôt, frère au tendre regard,
Par un matin d’été plein de douces lumières,
Interrompre mon rêve, et ouvrir mes paupières
Sur un monde plus beau, sur un ciel sans brouillard ?

  
Jean-Paul Labaisse, 1983.
corrigé en 2015.




Adieu à l'Enfance


 

Ô toi qui fus l’ami de mon enfance,
Tu disparus un jour de grand soleil ;
Tu me fis découvrir les fruits vermeils
Qui naissent dans les fleurs de l’innocence.


Je ne puis oublier la nuit limpide
Où tu m’appris le monde et ses trésors ;
Les étoiles pleuraient des larmes d’or,
Les soleils traversaient le ciel livide.


Avec toi je n’ai plus connu la peur
De l’horizon noir et de ses mystères ;
Tu m’as emporté loin de notre terre,
Me serrant contre toi et ta chaleur.


Seul, j’ai grandi sous ton ombre géante,
Sans me préoccuper de l’avenir ;
Je n’ai pas su que tu devais partir
Là-bas, vers l’horizon et ses tourmentes.


Pourtant, tu viens parfois hanter mes rêves
Sous forme d’un oiseau aux yeux brillants ;
Tu ne me dis plus rien et, en pleurant,
Tu t’enfuis, sans un bruit, vers d’autres grèves.

 

 Jean-Paul Labaisse 1983.

 

 

 

Ignacio Pinazo Camarlench - Paloma.jpg

Ignacio Pinazo Camarlench - Paloma

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14/09/2014

Mutshatsha

Mutshatsha            

 

C’est un poste de brousse au fond du Katanga,
Quelques maisons le long d’une route sans vie,
Le sol rouge strié de noir, l'herbe jaunie,
Le ciel démesuré… Ici, c’est Mutshatsha.


La gare semble vide, on voit des wagons plats,
Des quais déserts, des trains et des locomotives,
Qui porteront demain le cobalt et le cuivre
Vers Lobito, vers l’Atlantique et l’Angola…


J’ai quitté le chemin et je marche au hasard,
Tranquille, j’aperçois des fourmis, des lézards,
De légers papillons montrant leurs ailes blanches.


Je respire la bonne odeur du bois brûlé,
J’écoute frissonner les feuilles et les branches,
Et je m’endors blotti près d’un arbre isolé…

 

                                        septembre 2014.

 

                                                             

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07/09/2014

Rayon d'Hiver

Rayon d’Hiver




Rappelle-toi, Maman, ferme un instant les yeux…
Ton départ au Congo, lointaine colonie,
La venue des enfants et leurs rires joyeux…
Combien de temps, déjà, combien de décennies ?


Maman, prononces-tu parfois ces noms magiques,
Port-Francqui, Mutshatsha, Likasi, Bukavu ?
Rappelle-toi ces fruits et ces fleurs magnifiques,
L’ocre du Katanga, le bleu du lac Kivu…


Mais l’Afrique pâlit lentement, comme un rêve
Qui s’évapore et fuit quand le soleil se lève,
Un livre un peu étrange aux pages effacées…


Dors tranquille, Maman… Par la vitre glacée,
Un rayon tendre et doux effleure tes paupières,
Et pose sur ton front un baiser de lumière…

 

                                                 septembre 2014,
                                                 80ème anniversaire de Maman.

 

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06/06/2011

Un Endroit tranquille

 

Un Endroit tranquille




C’est un endroit tranquille où chuchotent les arbres,
Où chantent doucement des oiseaux invisibles ;
Le soleil fait briller les pierres et les marbres,
Et réchauffe ceux qui sont couchés là, paisibles.


C’est un lieu de silence, à l’écart de la route,
Que bornent de hauts murs envahis par la mousse ;
On y flâne, on s’y perd, on rêve un peu, on doute…
Dormirons-nous demain sous cette herbe si douce ?


Je lis ce nom inscrit à jamais sur la pierre,

Jean Labaisse, ces deux dates froides et vaines…
Combien de jours heureux, dis-moi, combien de peines ?
 

Tu reposes ici, tranquille, toi mon père,
Dans cet endroit secret où chantent les oiseaux,
Dans ce lit de terre aussi tendre qu’un berceau.



Juin 2011.

 

 

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31/10/2010

Brise de Nuit

Brise de Nuit





Je ne toucherai plus ta main aux doigts fragiles,
Je ne verrai plus le bleu de tes yeux limpides,
Tes beaux cheveux d’argent, ton visage et tes rides,
Non, je n’entendrai plus ta voix chaude et tranquille…


Désormais, la maison semble bien grande et vide,
Et ton bureau est plein d’une pénombre grise ;
Près de ton vieux fauteuil, on sent comme une brise
Qui passe doucement, soupir faible et timide.


Sur le jardin rempli de fleurs à peine écloses
Souffle un zéphyr secret, une haleine embaumée
Qui berce les buissons, les arbres et les roses.


Je marche dans la nuit paisible et parfumée,
Et je sens dans mon dos que s’approchent des pas,
Et j’entends une voix qui me parle tout bas…


à la mémoire de mon père,
décédé le 11 août 2010.

 

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03/06/2010

Nu Couché (Modigliani)

Nu Couché



Modigliani, fronts et bouches énigmatiques
Odalisque aux grands yeux calmes et résignés,
Jeune femme endormie en un lit chiffonné,
Telle une fleur triste, et douce, et mélancolique



Elle a des cheveux de jais, de grands yeux éteints,
Des cils allongés, des pupilles pleines d’ombre ;
Le nez est mince et droit, la bouche d’un sang sombre,
L’épaule fragile et le cou semble si fin.


Sur le lit étendue, elle dort, elle gît,
Cheveux fluides, yeux mi-clos, la tête immobile,
Bras et mains abandonnés, les jambes tranquilles,
Et l’on ne sait quel songe embaume son esprit.


C’est une femme d’ailleurs, sans passé, sans âge ;
Elle pèse si peu, dans le courant du monde,
Et son corps glisse et vogue au fil léger de l’onde…


Rien ne vient déranger son sommeil sans nuages ;
Aucun homme, aucun dieu ne devinent ses rêves,
Ses immenses désirs, ses voluptés trop brèves.


Jean-Paul Labaisse 1998. 

  

 


Nu couché

Nu couché les bras croisés derrière la tête
Huile sur toile, 60 x 92 cm
Collection privée


nu couché 2

Le Grand Nu
Huile sur toile, 73 x 166cm
Museum of Modern Art, New-York

 

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19/12/2009

Hannibal (Tite-Live)

Hannibal

 

 

Hannibal monnaie 1

Pièce de deux shekels en argent exposée au British Museum

 

 

 

I La Traversée des Alpes

 

« On arriva ensuite à une roche beaucoup plus étroite encore, et si escarpée, que les soldats, sans armes, sans bagages, sondant la route à chaque pas, se retenant avec les mains aux broussailles et aux souches qui croissaient à l'entour, avaient une peine infinie à la descendre. L'endroit, déjà fort raide par lui-même, l'était devenu bien davantage par un éboulement de terre tout nouveau,qui avait formé un précipice d'environ mille pieds de profondeur. »

Tite-Live

 

 


Lui, c’était Hannibal Barca, fils d’Hamilcar ;
Il avançait, montant un éléphant splendide,
Et ses troupes suivaient, des cavaliers numides,
Des fantassins gaulois, de valeureux soudards.


Le vent du Nord soufflait, cinglant comme un blizzard ; 
Devant eux s’élevaient des crêtes et des cimes,
Des torrents, des glaciers et des lacs, des abîmes,
Des gorges, des ravins noyés dans le brouillard.


Ils marchaient à grand-peine, ils glissaient dans la neige,
Et l’on voyait passer cet étrange cortège,
Eléphants et chevaux se mélangeant aux hommes…  


Dressé sur sa fameuse et superbe monture,
Hannibal, seul en tête, allait à bonne allure,
Rêvant de l’Italie et des remparts de Rome.

 

 

Hannibal Alpes Turner

Turner, Hannibal et son armée traversant les Alpes, 1810-1812
144,7 × 236 cm, Tate Gallery

 

 

 

 

II La Bataille de Cannes

 

 

« Le lendemain, dès qu'il fait jour, les Carthaginois se mettent à ramasser les dépouilles, et à contempler le carnage, affreux même pour des ennemis. Là gisaient des milliers de Romains, fantassins et cavaliers, pêle-mêle, comme le hasard pendant le combat les avait réunis,ou pendant la fuite. »

Tite-Live

 



Ils avaient rassemblé des soldats, par milliers,
Romains, Carthaginois, Celtes, légionnaires ;
Hannibal saluait ses vaillants mercenaires,
Le consul exhortait ses fidèles alliés.


Ce fut un dur combat entre les cavaliers ;
Les chevaux se cabraient, secouaient leurs crinières,
Et leurs sabots frappaient les fantassins ibères ;
On voyait resplendir glaives et boucliers.


Cernés par les Gaulois, attaqués sur leurs flancs,
Les Romains reculaient, résistaient, intrépides ;
Paullus ne bougeait plus, la figure livide…


Le soleil se couchait, à l’horizon sanglant,
Et ses rayons ambrés, tel un suaire d’or,
Enveloppaient  la plaine où gisaient tant de morts.

 

 

Hannibal Cana


Sébastien Slodtz, Hannibal comptant les anneaux des
chevaliers romains tombés à la bataille de Cannes, 1704
Musée du Louvre

 

 

 

 

III Les Délices de Capoue

 

 

 

« L'excès des maux les avait trouvés invincibles; ils furent sans force contre les délices de voluptés immodérées, et d'autant plus enivrantes, qu'ils les ignoraient. Aussi s'y précipitèrent-ils avec fureur. Le sommeil, le vin, les festins, les débauches, les bains et le repos, que l'habitude rend de jour en jour plus attrayants, les énervèrent à un tel point, qu'ils se défendirent dans la suite plutôt par leurs victoires passées que par leurs forces présentes.»

 

Tite-Live

 

 

 

C'était une cité pleine de bruits, d'odeurs,
Où passait une foule aux robes défraîchies,
Des soudards, des putains, de belles affranchies,
Des hommes avinés, des filles sans pudeur.


Des lupanars sortaient des rires, des clameurs,
Des murmures lascifs, des plaintes assourdies ;
Les soldats caressaient des croupes rebondies,
Et les corps se mêlaient, inondés de sueurs.


Sous la lune, Hannibal songeait à ses conquêtes,
Et voyait devant lui s’ouvrir le Capitole…
Dans le ciel étoilé brillait une comète.



Il s’endormit, rêvant de sa belle Espagnole,
Dont les longs cheveux blonds, dans la nuit argentée,
Flottaient comme un ruisseau d’or sous la Voie lactée.

 

 

 

Pompéi.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Fresque érotique sur un mur de Pompéi

 

 

 

IV  La Mort d'Hannibal

 

 

« Hannibal essaya de fuir par une porte dérobée, qu'il croyait avoir cachée à tous les yeux. Mais voyant qu'elle était aussi gardée, et que toute la maison était entourée de gens armés, il se fit donner le poison qu'il tenait depuis longtemps en réserve pour s'en servir au besoin.[…]
Après avoir maudit la personne et le trône de Prusias, et appelé sur sa tête le courroux des dieux vengeurs de l'hospitalité trahie, il but le poison. Telle fut la fin d'Hannibal. »

Tite-Live

 

 

Nostalgique, Hannibal évoque son destin…
Carthage et Mégara, leurs jardins légendaires,
Les rudes bivouacs, la gloire militaire,
Les parfums de Capoue et les charmes latins…  


Dans la pénombre, il sent comme un souffle incertain…
« Est-ce vous,  Hasdrubal, Magon, mes jeunes frères ?
Serait-ce toi, Himilce, ô ma princesse ibère ?  
D’où venez-vous ainsi, de quel monde lointain ? »


L’homme voit les soldats qui cernent la maison ;
Il prend sa lourde bague, en ouvre le chaton.
Il s’allonge à nouveau, il fait un dernier somme…


Il aperçoit des champs, tout un ciel azuré,
Une ville aux frontons vermeils, aux murs dorés…
Il entre, triomphant, dans la cité de Rome.

 

Jean-Paul Labaisse, novembre 2009 - août 2010.

 

 

Hannibal buste

Hannibal, Buste en marbre (Musée archéologique national, Naples)

 

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11/11/2009

Mort à Venise (Mann)

Mort à Venise



« Sa démarche, le maintien du buste, le mouvement des genoux, la manière de poser le pied chaussé de blanc, toute son allure était d'une grâce extraordinaire, très légère, à la fois délicate et fière […] »

Thomas Mann



Une gondole passe et glisse dans Venise,
Sans bruit, parmi les quais et les ponts indistincts ;
De la lagune monte un chant triste et lointain,
Rêveuse sérénade ou barcarolle exquise.


De sa chambre, Aschenbach découvre les églises,
L'orbe majestueux des dômes byzantins,
Les arches, les pontons, les pilotis déteints,
Les palais endormis dans la brume indécise.


Sur la plage déserte, un enfant de treize ans,
Les cheveux blonds, de grands yeux clairs, des traits plaisants,
Des poignets délicats, de graciles chevilles...


Aschenbach le contemple et bercé par la brise
Il s’endort doucement – les étoiles scintillent
Sur l’eau des canaux noirs, dans Venise la grise.


Jean-Paul Labaisse, novembre 2009.

 

 

 

Mortà Venise

 

 

Mortà Venise 2

 

 

Mortà Venise 3

 

 

Mortà Venise 4

L'affiche américaine du film de Visconti (1971), avec Björn Andresen (à droite)

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16/10/2009

Robinson Crusoé (Defoe)

Robinson Crusoé

 


« Ma situation m’apparaissait sous un jour affreux ; comme je n’avais échoué sur cette île qu’après avoir été entraîné par une violente tempête hors de la route de notre voyage projeté, et à plusieurs centaines de lieues de la course ordinaire des navigateurs, j’avais de fortes raisons pour croire que, par arrêt du ciel, je devais terminer ma vie de cette triste manière, dans ce lieu de désolation  »

Daniel Defoe

 

 

C’est une île où le vent paresse et s’abandonne,
Où nichent les toucans, les aras, les faucons ;
La mer reprend sans fin sa plainte monotone,
Et l’eau semble si douce et si bleus les lagons….


Debout sur la falaise, un homme à l’œil atone,
Le regard dirigé vers le morne horizon ;
Il fixe l’océan qui blanchit et moutonne,
Rêve devant les flots encerclant sa prison…
 

Mais que voit-il, au loin ? Est-ce un rêve, un mirage ?
La brise du matin gonflant ses voiles blanches,
Un navire, au soleil, cingle vers le rivage.

Il gagne lentement sa cabane de branches,
Et s’endort, bras pliés, comme un petit enfant,
Bercé par la chanson des vagues et du vent…


Jean-Paul Labaisse, octobre 2009.

 

robinson_crusoe

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15/09/2009

Salammbô (Flaubert)

Salammbô


I Le Festin

 

« C'était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Hamilcar. Les soldats qu'il avait commandés en Sicile se donnaient un grand festin pour célébrer le jour anniversaire de la bataille d'Eryx, et comme le maître était absent et qu'ils se trouvaient nombreux, ils mangeaient et ils buvaient en pleine liberté.. »

 

Gustave Flaubert

 

 

C’était un grand festin que donnait Hamilcar.
Les soldats s’installaient au jardin, pêle-mêle,
Les Libyens, les Gaulois aux longs cheveux rebelles,
Les Ligures, les Noirs, les Grecs, vaillants briscards.
 

On amena des paons, des oryx, des canards,
Des chevreaux cuits au vin, des gigots de chamelles
Sentant bon le safran, le cumin, la cannelle…
Sur les brasiers fumaient d’épais morceaux de lards.  


Au sommet du palais apparut une femme ;
Son visage brillait sous l’éclat des flambeaux.
Des soldats murmuraient  : « Voyez, c’est Salammbô ! »


Mâtho la contemplait, les yeux remplis de flammes ;
Cette forme, très loin, qu’il devinait, était-ce
Didon, Isis, Tanit ? – ô ma Reine, ô Déesse !

 

 

Mucha 1896

Salammbô, Mucha 1896

 

II Salammbô

 


« Elle dormait la joue dans une main et l’autre bras déplié. Les anneaux de sa chevelure se répandaient autour d’elle si abondamment, qu’elle paraissait couchée sur des plumes noires, et sa large tunique blanche se courbait en molles draperies jusqu’à ses pieds, suivant les inflexions de sa taille. »
                                                             Gustave Flaubert


La lune se levait doucement sur Carthage.
Une ombre escalada l’enceinte du palais,
Traversa l’atrium où des torches brûlaient,
Fila vers la terrasse et le dernier étage.
 

La princesse dormait, son pâle et pur visage 
Baigné de fins rayons… Est-ce qu’elle rêvait ?
Mâtho le mercenaire était à son chevet,
Tout frissonnant devant cette fille sauvage.


Il se pencha vers elle, effleurant ses cheveux.
Elle se réveilla soudain, ouvrit les yeux :
Quelle était cette voix lui caressant  l’oreille


Et chuchotant ces mots si doux, ces mots si beaux ?
Il prit sa main, fixa longuement Salammbô,
Puis disparut, sans bruit, dans l’aurore vermeille.

 


Prouve_Salammbo

Victor Prouvé (1867-1947) en collaboration avec Camille Martin (1861-1898) et René Wiener (1855-1939)
Reliure de Salammbô, 1893
Musée de l'Ecole de Nancy

 

 

III Mâtho

 

« Il arriva juste au pied de la terrasse. Salammbô était penchée sur la balustrade ; ces effroyables prunelles la contemplaient, et la conscience lui surgit de tout ce qu'il avait souffert pour elle. Bien qu'il agonisât, elle le revoyait dans sa tente, à genoux, lui entourant la taille de ses bras, balbutiant des paroles douces ; elle avait soif de les sentir encore, de les entendre ; elle ne voulait pas qu'il mourût ! »

Gustave Flaubert

 

 

Carthage célébrait une splendide fête.
On avait ravivé les couleurs des frontons,
Décoré l’agora de fleurs et de festons.
Salammbô se tenait à côté du Suffète.


Un homme était debout, l'œil fier, dressant la tête ;
On reconnut Mâtho, bien qu’il fût en haillons.
La foule l'insultait, lui lançait des tessons,
Des pierres... Il allait, traqué telle une bête.


Sa peau brûlait, ses chairs s’en allaient en lambeaux.
Le front saignant, Mâtho regardait Salammbô ;
Il s'approcha, voulut lui dire quelque chose...


Il marcha, trébucha, tomba - il était mort.
Salammbô tressaillit, toute blême, et son corps                    
S’affaissa sur le marbre aux dessins noirs et roses.

 

Jean-Paul Labaisse août - septembre 2009.

 

 

 

Bussiere,Gaston_-_Salammbo,_1907

Gaston Bussière, Salammbô 1907

 

 

salammbo jeux

Salammbô, dans un jeu PC signé The Adventure Company, inspiré de Flaubert et de Druillet...

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31/08/2009

Une Flamme

 

Dans la profonde nuit, le poète réveille
Celui qui ne dort pas et que l’aube vermeille
Surprend en train de lire un texte bien-aimé.
Toute la poésie est dans la douce flamme
Qu’elle suscite en nous et l’homme déprimé
Rallume à sa chaleur le foyer de son âme.

 

Jean-Paul Labaisse

 

 

 

fond-ecran-bougie

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10/08/2009

Le Songe d'une Nuit d'Eté (Shakespeare)

     Le Songe d’une Nuit d’Eté

 

« Ombres que nous sommes, si nous avons déplu,
Figurez-vous seulement (et tout sera réparé)
Que vous n’avez fait qu’un somme,
Pendant que ces visions vous apparaissaient.
Ce thème faible et vain,
Qui ne contient pas plus qu’un songe,
Gentils spectateurs, ne le condamnez pas… »

                                     Shakespeare

 

 

Au bois ils sont venus, graciles, les fairies,
Le puissant Obéron, la frêle Titania,
Puck, le fragile et fol acrobate, Helena,
Lysandre, qui frémit, qui ronfle, en la prairie.


Et tous de s’étourdir, et de se disputer,
De se battre, gaiement, de fuir et se poursuivre
Sous les clartés de lune – on dirait qu’ils sont ivres,
Qu’ils semblent fous, ô les amoureux de l’été !


Titania s'allonge et s'endort dans la clairière,
Le visage baigné d’une douce lumière ;
Un merle amoureux, très loin, siffle et fait ses trilles.


Elle dort en son lit d’herbes et de jonquilles,
Pendant que les lutins, les elfes, les sylphides,
Vont et viennent, voltigent, dans l’aube limpide.




                                            Jean-Paul Labaisse 1993 – 2009.

 

Songe d'une nuit d'été

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12/07/2009

Notre-Dame de Paris (Hugo)

Notre-Dame de Paris





« Elle dansait ainsi, au bourdonnement du tambour de basque que ses bras ronds et purs élevaient au-dessus de sa tête, mince, frêle et vive comme une guêpe, avec son corsage d'or sans pli, sa robe bariolée qui se gonflait, avec ses épaules nues, ses jambes fines que sa jupe découvrait par moments, ses cheveux noirs, ses yeux de flamme… »

Victor Hugo

 

Il était monté tout en haut de Notre-Dame,
Se tenant, essoufflé, près du lourd carillon.
L’infirme caressait le fabuleux bourdon
Et la vue de Paris émerveillait son âme…


Sous ses pieds s’étendaient la Seine et ses bateaux,
L’île de la Cité, ses places, ses venelles,
Les flèches et les tours, tranquilles sentinelles...
Plus loin, c'était Montmartre et ses charmants coteaux.


Quasimodo pencha la tête et regarda :
Sur le parvis dansait la belle Esmeralda,
Créoles, caraco doré, châle vermeil.


Et le bossu, parmi les gargouilles sévères,
Les griffons, les serpents, les guivres, les chimères,
Rêvait d’un peu d’amour et d’un rai de soleil…

 

Jean-Paul Labaisse, juillet 2009.
merci à Fabienne.

 

 

chimère

 

 

garg

 

gargouilles5

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06/07/2009

Don Quichotte (Cervantès et Picasso)

          Don Quichotte



« Là-dessus ils découvrirent trente ou quarante moulins à vent qu'il y a en cette plaine, et, dès que don Quichotte les vit, il dit à son écuyer :' La fortune conduit nos affaires mieux que nous n'eussions su désirer, car voilà, ami Sancho Pança, où se découvrent trente ou quelque peu plus de démesurés géants, avec lesquels je pense avoir combat et leur ôter la vie à tous… »


Miguel de Cervantès

 

Don Quichotte et Sancho, par un joli matin,
Partirent délivrer la veuve et l’orphelin,
L’un sur son vieux cheval, le second sur son âne,
Traversant les sierras où les éperviers planent.


Ils chargèrent tous deux d'invincibles géants,
Aux bras monstrueux – C'étaient des moulins à vent !
Face à des malandrins, ce fut grande bataille
– On trouva vingt moutons qui perdaient leurs entrailles…


Don Quichotte voyait partout des chevaliers,
De nobles châtelains, des mages, par milliers ;
Sancho, lui, distinguait bergers et paysans…


Et le vieil hidalgo, dans la nuit parfumée,
Rêvait qu’il emportait, sur son fier alezan,
Dulcinée du Toboso, dame tant aimée…



Jean-Paul Labaisse, juin 2009.
(merci à Fabienne)

 

 

don-quichotte

Lithographie, 65 x 50 cm

 

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26/06/2009

Aïda (Verdi)

             Aïda


d'après Verdi

                                       

Sous le temple d'Isis, loin de toute lumière,
Radamès est couché, les yeux perdus dans l'ombre.
Quel silence, quel calme, en la douce pénombre !
Rien ne trouble la paix de ce tombeau de pierre.


Allongé dans la nuit, Radamès se souvient...
Les combats glorieux, les oriflammes d'or,
Les tambours, les buccins, les trompettes, les cors,
Le triomphe, au soleil, sur un charroi d'airain !


Auprès de Radamès, une forme gracile
Respire faiblement, et son souffle fragile
Parfume le tombeau comme un baiser de brise.


Dans la prison de roche, en la nuit la plus grise,
Le prince Radamès voit briller, sous un voile,
Les yeux sombres d'Aïda, lumineuses étoiles.

 

                                                   Jean-Paul Labaisse 1991.

 

 

aida 2

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21/06/2009

La Traviata (Verdi)

Un temple où la divine et folle comédie
De la vie avec faste et fracas retentit,
Parmi les courtisans et les bouffons : Verdi,
La passion, la mort, la noble tragédie.

 

                La Traviata

                                        

     C'est une courtisane, aux amours éphémères
     Et multiples; dans son salon, elle reçoit
     Des étudiants joyeux, de vifs quinquagénaires,
     Des barons, des médecins, des hommes de loi.

     Il en est un plus jeune, et moins bête, et plus beau
     Que ses soupirants d'un jour : cet ange s'appelle
     Alfredo, il a des mains de femme, une peau
     Blanche et fragile, une bouche aux lèvres charnelles. 
  

     Brusquement, Alfredo la quitte ; il fuit la ville,
     L'abandonnant à sa vie frivole et facile...
     Elle pleure longtemps l'amant indélicat.


     Dans sa poitrine frêle, une douleur grandit,
     Et lui mord le cœur, pendant que s’épanouit
     L’odeur douce, l’odeur fade des camélias.

 

                                                   Jean-Paul Labaisse 1991-2009.

 

la traviata 3

 

la traviata 2

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15/06/2009

Don Juan (Mozart)

               Don Juan

                                            d'après Mozart


     Don Juan, dans les enfers, soupire et se souvient.
     Elvire est morte, depuis longtemps... Sur sa pierre,
     Ni couronnes, ni fleurs; aucun homme ne vient
     Méditer sur sa tombe, en le froid cimetière.


     Au château, on entend rire et chanter : demain,
     Anne se mariera... Dans sa robe, elle est fière,
     Elle est belle ! A l'église, elle pleure, et ses mains
     Se joignent, et partout, Dieu répand sa lumière !


     Comme il fait sombre ! En leurs tombes abandonnées,
     Les morts remuent doucement leurs mains décharnées...
     Ils gémissent, un peu, dans leur morne sommeil.


     Là-bas, une statue a bougé... Elle lève
     La tête, comme dans le plus étrange rêve...
     Don Juan rit ! Il fait chaud, il fait bon, au soleil !
    

 

                                                      Jean-Paul Labaisse 1991

 

 

Don Giovanni 2

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14/06/2009

Cosi fan Tutte (Mozart)

                Cosi Fan Tutte

                                            d'après Mozart


     C'est une fête un peu triste, à la fin du jour,
     Avec des rires doux, des cris, dans le ramures,
     Et des soupirants las, dont les secrets murmures
     Sont comme les échos du plus tragique amour.


     La lune paraît, blanche, et d'étranges visages
     Sortent de l'ombre, avec des masques indistincts,
     Aux traits figés, aux fronts blêmes, aux yeux éteints,
     Et des pleurs cachés, sous le pâle maquillage.


     C'est un rêve qui se termine et qui se brise,
     Comme ces amours qui se font et se défont,
     Au fil de l'eau, flocons de neige que la bise


     Emporte à l'horizon, écume ensevelie...
     Ce sont des enfants qui pleurent, et qui s'en vont,
     Dans les ombres de la nuit : la fête est finie.     

 

                                                      Jean-Paul Labaisse 1991

 

cosi fan tutte 3

 

cosi fan tutte 2

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Les Noces de Figaro (Mozart)

Mozart, théâtre plein de folie et d'ardeur,
Chérubins ingénus, bergères et comtesses,
Un cimetière où, parmi les tombes, se dresse
La statue noire et terrible du Commandeur.

 

 

                Les Noces de Figaro

                                        

     Aux noces, ils étaient venus, les uns marchant,
     Les autres sur des chars couverts de fleurs soyeuses,
     Et tous ces gens formaient une bande joyeuse,
     Et folle, par-delà les chemins et les champs.


     Tous, ils étaient venus, le comte, la comtesse,
     Le jardinier au bras de Marceline, en pleurs,
     Et Chérubin portait un chapeau de couleurs,
     Et Barberine avait des rubans dans ses tresses.


     Tels des enfants heureux, ils allaient, indociles,
     Traversant bois et prés, au milieu des troupeaux
     Surpris de ce cortège aux brillants oripeaux.


     Ils filaient ainsi, vifs et fous, vifs et fébriles,
     Et quand tomba le soir, on vit, dans l'ombre brune,
     Suzanne et Figaro, qui rêvaient sous la lune.  
    

 

                                                    Jean-Paul Labaisse 1991-2009.
                                                    Merci à Fabienne.


Noce de Figaro1
                                                     

 

 

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14/06/2008

Oiseaux Tristes

  

"Les bois étaient tout recouverts de brumes basses,
Déserts, gonflés de pluie et silencieux ;
Longtemps avait soufflé ce vent du Nord où passent
Les Enfants Sauvages, fuyant vers d'autres cieux,
Par grands voiliers, le soir, et très haut dans l'espace"

Les Enfants de Septembre,
Patrice de la Tour du Pin
    

 

         

               Oiseaux Tristes


 

     Ce sont des enfants qui dorment, tristes et doux,
     Et leurs yeux sont remplis de choses qui scintillent,
     Et leurs bras sont ouverts, ils se tournent vers vous,
     Comme de petits chiens, perdus, et sans famille.


     Ce sont des enfants qui passent, et qui s'en vont,
     Sans pleurer, sans un cri, parmi les jardins vides,
     Et ce sont des oiseaux tristes, aux cheveux blonds,
     Qui volent, doucement, près des soleils limpides.


     Ce sont des enfants morts, et leurs yeux sont éteints,
     Et leurs bras sont fermés, ils sont comme des anges
     Que l'on distingue, à l'aube, en un rêve incertain,
     Rempli de parfums doux, et de saveurs étranges.


     Ce sont des enfants qui ne savent plus dormir,
     Et qui vont, dans la nuit, sans pleurer, immobiles,
     Et ce sont des oiseaux que l'on entend gémir,
     A l'aube, doucement, dans les jardins tranquilles.


                             à la mémoire de S.
                             mai 1991
                             Jean-Paul Labaisse
    


oiseaux_ciel
                                     



 

 

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09/04/2008

Le Déjeuner des Canotiers (Renoir)

           Le Déjeuner des Canotiers


                                                             d'après Renoir




     Ils avaient bien mangé, bien bu, tout le midi.
     Sur la table traînaient des verres, des bouteilles,
     Des couverts délaissés, un plat, avec des fruits,
     Poires mûres, raisins dorés, pommes vermeilles.


     Les femmes bavardaient, badinaient, l'oeil rieur,
     De grands chapeaux de paille inclinés sur la tête ;
     Barbe rousse et regard pensif, en débardeur,
     Un gaillard contemplait les blanches goélettes.


     Ils conversent de tout, de rien, de mille choses
     Puériles, qui font le bonheur de la vie ;
     Les hommes sont contents, les femmes alanguies.


     Sous la lumière blonde et tranquille, des roses
     Dans son chapeau à rubans, une jeune fille
     Serre un petit chien, qui se dresse, qui frétille.


                                            Jean-Paul Labaisse, novembre 1995.




le déjeuner des canotiers

Huile sur toile, 130 x 173 cm
collection Duncan Philipps, Washington
 

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05/04/2008

Le Moulin de la Galette (Renoir)

                   Renoir, des enfants blonds et fins, cheveux brillant 
                   Sous le soleil soyeux, de douces demoiselles
                   Se balançant à l’ombre exquise des tonnelles
                   Où frémissent les fleurs, les jasmins chatoyants



          Le Moulin de la Galette



     Ils étaient venus au Moulin de la Galette,
     Joyeux, contents, avec leurs belles cavalières,
     Qu’ils faisaient tourner, tourner, vives et légères,
     Entre les tables où musaient les midinettes.


     Levant leurs canotiers, lissant leurs barbes fines,
     Camelots et dandys entreprenaient les filles,
     Et se penchaient, disant des choses bien gentilles ;
     On servait de l’anis, des bocks, des grenadines.


     Et tournent les danseurs, sous les douces ramures,
     Et valsent les filles, en leurs robes à franges,
     Volants roses et bleus, vaporeuses guipures.


     Les parfums, dans le soir, s’exhalent, se mélangent,
     Et montent calmement vers les branches soyeuses,
     Que balance et caresse une brise amoureuse.

                                                Jean-Paul Labaisse, novembre 1995.



moulin de la galette

     Huile sur toile, 131 x 175 cm
     Musée d'Orsay, Paris





 

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19/03/2008

La maja Nue (Goya)

             La Maja nue

                                                d'après Goya



     Elle est allongée, au plus profond des coussins,
     Un peu sur le côté, la charmante inconnue ;
     Elle montre ses bras blancs, son ventre, ses seins,
     Ses jambes en fuseau - elle est tout à fait nue.


     Sa peau semble si douce, et si doux sont ses seins...
     O grâce de son ventre, ô galbe de ses hanches !
     Et son dos charnu, et ses longues jambes blanches,
     Et ses bras frais et ronds - ô ce corps souverain !


     Son regard est tourné vers toi, ô spectateur,
     O voyeur ! Et ses yeux noirs savent ton désir,
     Et l’émoi de ton âme, et l’éveil du plaisir !


     Viens... C’est toi qu’elle attend, sans honte, sans pudeur,
     En cette chambre obscure, où rien n’est interdit...
     Viens, viens vite... Ses bras t’ouvrent le paradis...


                                                       Jean-Paul Labaisse 1996.



maya nue

     Huile sur toile, 97 x 190 cm
     Museo del Prado, Madrid


maya habillée

     La Maja vêtue
     Huile sur toile, 97 x 190 cm
     Museo del Prado, Madrid

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Les Vieilles (Goya)

                Les Vieilles

                                                   d'après Goya

     Les vieilles, au miroir, s’admirent, se contemplent,
     En extase devant leurs faces pommadées ;
     Elles ont mis fichus et chiffons, nippes amples,
     Pendentifs, bijoux faux, toilettes démodées.


     Leurs bouches sont sans dents, leurs crânes sans cheveux,
     Elles ont un menton qui tremble, un long cou maigre,
     Une verrue au nez, de petits yeux fiévreux…
     De leurs seins flasques et gris monte une odeur aigre.


     O Vieilles ! Au lieu de scruter votre miroir,
     D’agiter vos joyaux et vos antiques rêves,
     Tournez-vous, un instant : un spectre, dans le noir,


     Vous guette, impatient, et son balai se lève…
     Vous tomberez, d’un coup, la glace explosera,
     Et personne, personne ne vous pleurera…

                                                       Jean-Paul Labaisse 1997.


Les Vieilles

     Huile sur Toile, 180 x 120 cm
     Musée de Lille

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Le Trois mai 1808 (Goya)

                Le Trois Mai 1808

                                            d'après Goya


     Ils sont cinq fantassins, sur le point de tirer,
     Debout, bien alignés, le doigt sur la gâchette,
     Le fusil épaulé, la longue baïonnette
     Prête à meurtrir, prête à percer, à déchirer.


     Il est seul, dos au mur, muet, ne pouvant fuir ;
     Cet homme désarmé sait qu’il va disparaître,
     Dans la minute, ou dans la seconde, peut-être,
     Peu importe l’instant : cet homme va mourir.


     Il est seul, ils sont cinq, au moins…il n’a pas d’armes,
     Ils ont de bons fusils, avec de bonnes balles…
     Il ne peut que prier, verser de vaines larmes.


     Cet homme va mourir, c’est chose très banale…
     Il est seul, dos au mur, et ses bras s’ouvrent grand,
     Et tirent les soldats, sans haine ou sentiment…

                                                      Jean-Paul Labaisse 1997.


3 mai 1808
    
     Huile sur toile, 266 x 345 cm
     Museo del Prado, Madrid

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L'Origine du Monde (Courbet)

               Courbet, vaste salon plein de lumière et d'ombre,
               Où Tout-Paris se croise, et s’observe, et murmure,
               Corps de femme allongé en une chambre obscure,
               Et ce ventre qui s’offre, et montre son cœur sombre…


                   L'Origine du Monde



     De tous vos yeux, regardez ce beau corps offert,
     Cette femme dont on ne voit pas le visage,
     Mais rien que le ventre, et cette toison sauvage,
     Cet entrejambe nu, ce sexe découvert.


     Voyez ce pubis soyeux, ces cuisses languides,
     Cette peau que l’on imagine chaude et douce,
     Regardez, regardez cette fourrure rousse,
     Ce sexe qui entrouvre ses lèvres humides…


     C’est un peu l’enfer, c’est beaucoup de paradis,
     C’est le Grand Mystère, ô voyeur, ô séductrice,
     Et c’est l’Amour, peut-être, et c’est la Mort, aussi…


     Nous sommes venus, là, au milieu de ces cuisses,
     Paquet de chair sanglant, petite chose blonde,
     Brusquement projetée en l’Espace et le Monde !

                                            Jean-Paul Labaisse, 2000-2006.


origine du monde 2

     Huile sur toile, 46 x 55 cm
     Musée d'Orsay, Paris

     voir http://www.musee-orsay.fr/fr/manifestations/expositions/a...
     et aussi http://fr.wikipedia.org/wiki/L'Origine_du_monde...

     A lire : "L'Origine du Monde, Histoire d'un tableau de Gustave Courbet", par Thierry Savatier, Bartillat, 2006 

     Ci-dessous le tableau peu connu d'Orlan (artiste française née en 1947),
     "L'Origine de la Guerre", peint en 1989 :

origine de la guerre


     Voir  http://telemaquetime.free.fr/Orlan.htm

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14/03/2008

Marie-Madeleine (Léonard de Vinci)

                  Marie-Madeleine

                                                       d'après Léonard de Vinci

                                          
     C’est une jeune femme à la peau douce et fine ;
     Un bijou d’or et d’argent brille sur sa peau,
     Son manteau s’entrouvre et laisse voir sa poitrine…
     Sa chair est si blanche, et ses seins sont si beaux !


     Elle a le regard vague, et la tête qui penche,
     Les cheveux répandus en longues mèches rousses ;
     On devine le voile enveloppant ses hanches…
     Combien blancs sont ses seins, que sa peau paraît douce !


     Qui est cette inconnue au regard incertain ?
     Serait-ce Marie-Madeleine, ou bien Lucrèce ?
     Quelle Eve, quelle sainte, quelle pécheresse,


     Issue d’un lieu sans âge, d’un rêve sans fin ?
     Elle sourit, fille de Dieu, femme de l’Homme,
     Et nul ici ne sait comment Elle se nomme…

                                 
                                  Jean-Paul Labaisse
                                  Bruxelles, mars 2008
                                  vu à la très belle exposition Léonard de Vinci

Marie-Madeleine


     huile sur panneau, 58 x 45,5 cm
     Suisse, collection privée

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La Joconde (Léonard de Vinci)

                  La Joconde


                                                        d'après Léonard de Vinci 

     Elle n’a pas de nom, pas d’histoire, pas d’âge,
     Pas de visage, rien. Elle vous sourit, ange
     D’un songe étrange, où se mêlent et se mélangent
     Rivières et rochers vagues, cieux et nuages.


     Elle sourit, tranquille, et la pâle lumière
     Enveloppe ses mains, embaume son visage.
     On aperçoit, très loin, des roches, des bocages ;
     Un brouillard inconnu entoure la rivière.


     Quelle est cette dame au si tendre et doux sourire,
     Nous regardant, sans nous voir, devant sa fenêtre ?
     Vient-elle d’Italie, ou de France, peut-être ?


     O ce rêve sans fin, ce frisson, ce délire,
     Qui nous font traverser le temps ! – Au bord du monde,
     Elle se tient, calme, et sourit, douce Joconde.


                                                 Jean-Paul Labaisse 1995.

 

joconde 2

     Huile sur bois, 77 x 53 cm,
     Musée du Louvre, Paris

joconde détail 2
    
     La Joconde (détail)



joconde détail 3

    La Joconde (détail)



joconde détail 4

    La Joconde (détail)



     Léonard de Vinci

     Tête de jeune fille échevelée
     Terre d'ombre, ambre verdi et céruse sur panneau de peuplier, 25 x 21 cm
     Pinacoteca Nationale, Parme

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La Vierge aux Rochers (Léonard de Vinci)

          La Vierge aux Rochers

                                             d'après Léonard de Vinci


     Elle se tient, paisible, en les lueurs étranges,
     Et douces, des rayons d’un soleil inconnu ;
     Cheveux blonds et bouclés, le teint rose, joufflu,
     Saint Jean s’est incliné vers Jésus, petit ange.


     A droite, le visage embaumé de lumière,
     Une femme est assise, et se tourne, très douce
     – Et les deux chérubins, allongés sur la mousse,
     Se regardent, se font des souris, sans manières.


     Des rocs, des rochers bruns montrent leurs formes rondes,
     Se découpant, lointains, dans le ciel ébloui ;
     Partout se répand la lumière blanche et blonde.


     Serait-ce le matin, le soir, l’après-midi ?
     Sommes-nous au printemps, à l’hiver, à l’été ?
     – O douceur de ce jour, en la Sainte Clarté !


                                                    Jean-Paul Labaisse, 1995.

 


vierge aux rochers Paris
 

Huile sur bois transposée sur toile, 199 x 122 cm
Musée du Louvre, Paris

 

 

vierge aux rochers Londres


     Huile sur bois, 189,5 x 120
     National Gallery, Londres

vierge aux rochers Suisse

Huile sur panneau, 154,5 x 122 cm
Suisse, collection privée

Vu à l'exposition Léonard de Vinci, tenue à Bruxelles en 2007-2008.
Cette troisième version n'est pas entièrement de la main de Léonard, et a été probablement peinte par un de ses élèves, vers 1495-1497. 



vierge aux rochers paris détail 3

     Vierge aux Rochers, détail (version Paris)


vierge aux rochers paris détail 4

     Vierge aux Rochers, détail (version Paris)


vierge aux rochers londres (détail)

     Vierge aux Rochers, détail (version Londres)




vierge aux rochers londres (détail 2)

     Vierge aux Rochers, détail (version Londres)

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05/03/2008

La Cène (Léonard de Vinci)


                      La Cène

                                               d'après Léonard de Vinci    
             

     Ils mangeaient gravement le repas de la Pâque,
    
Assis autour de Jésus à la longue table,
     Jude, Barthélemy, André, Philippe, Jacques,
     Pierre, tête grise, Jean, figure adorable.


     Le Christ dit ces mots : " l’un de vous me trahira. "
     Chacun de s’étonner, et chacun de gémir :
     " Serait ce moi, Seigneur ? Suis-je ce scélérat ? " 
     Ils parlent, tous ensemble, élèvent des soupirs.


     L’un dit : " ce n’est pas moi ! " L’autre proteste, jure…
     Simon pleure, Matthieu se tait, Thomas murmure…
     Celui-ci s’est levé ; celui-là joint les mains.


     Mais l’un s’est reculé, tout livide, tremblant,
     Stupéfait : c’est Judas. Jésus, en souriant,
     Lui donne à boire, et lui tend un morceau de pain.


                                                              Jean-Paul Labaisse, 1995.

la cène

     Détrempe et huile sur enduit, 460 x 880 cm
     Santa Maria delle Grazie (réfectoire, Milan)

     La Cène en 16.000.000.000 de pixels sur
    http://www.haltadefinizione.com/en/cenacolo/look.asp

La céne - Jésus

     détail (Jésus)



Marie-Madeleine + la Cène

      détail (Saint-Jean - ou Marie-Madeleine ???)



La Cène - Philippe

     détail (Philippe) 

 

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