15/07/2006

Le Serment des Horaces (David)

     David, la Rome antique, et les belles Sabines
     Combattant, les seins nus, des soldats cuirassés,
     Napoléon, fougueux, sur son cheval dressé,
     Madame Récamier, yeux tendres, bouche fine.

               Le Serment des Horaces



     Ils étaient trois soldats, debout, dans le soleil,
     Casqués et cuirassés, avec des ceinturons,
     Des glaives acérés, des costumes vermeils,
     Des toges, des plumets splendides, des plastrons.


     Ils étaient debout, bras étendus, mains groupées,
     Les Horaces vaillants, les admirables frères ;
     Le père brandissait, solennel, les épées,
     Qui luisaient, miroitaient, sous la pure lumière.


     Dans l’ombre, on entendait les femmes soupirer ;
     L’une pleurait, déjà, son amant adoré,
     La deuxième, son fils, l’autre, un frère chéri.


     A leurs pieds, des bambins observaient, tous surpris,
     Ces féroces guerriers, qui n’étaient que des hommes,
     Et qui, demain, seraient la légende de Rome.


                                                            Jean-Paul Labaisse 1997.


serment des horaces
 

     Huile sur toile, 330 x 425 cm
     Musée du Louvre, Paris

 

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Vélasquez

Vélasquez, la clarté qui se mélange à l'ombre,
Comtes et chevaliers sur leurs fiers alezans,
Des princes sérieux en habits ravissants,
L’Infante qui sourit, dans la fraîche pénombre.

 

          
         
Les Ménines

 

     Elles sont trois ou quatre accompagnant l’Infante,
     En robe grise et bleue, avec de fins volants,
     Des frises, des jupons, des nœuds roses et blancs,
     Et leurs longs cheveux font des boucles scintillantes.


     Marguerite paraît, la figure sereine,
     Tout sourire, le teint frais, les yeux qui pétillent ;
     Enfant de cinq ans à peine, petite fille,
     Elle sera, demain, Impératrice, ou Reine…


     Elle nous observe, et son regard est complice…
     On y voit de la gaieté, comme de la malice,
     Le bonheur d’un enfant en pays de cocagne.


     Dans l’ombre, un gentilhomme aux splendides habits…
     Serait ce un précepteur, un ministre, un marquis ?
     C’est le grand Vélasquez, peignant le Roy d’Espagne.

                                                             
                                                             Jean-Paul Labaisse 1997.

 

 

ménines
Huile sur toile, 318 x 278 cm
Museo del Prado, Madrid

 

 

         
La Reddition de Breda
        (les Lances)


     Sous les murs de Breda, campe une armée immense,
     Arquebusiers, servants, fantassins, cavaliers,
     Mousquetaires du Roy, et piquiers, par milliers,
     Levant des étendards, des pointes et des lances.


     Durant des mois, ce fut le siège de la ville,
     Aux clameurs des canons, au fracas des fusils ;
     Partout, des combattants affamés et transis,
     Et Breda qu’on enchaîne, et Breda qui vacille…


     Ils se sont rassemblés, en haut de la colline ;
     Ici, les Hollandais, figures harassées,
     Là, les Espagnols, fiers et cois, piques dressées.


     Portant les clés de la ville, un homme s’incline ;
     Spinola le relève, en étendant le bras…
-    Brille le soleil dans la brume, sur Breda.


                                                             Jean-Paul Labaisse 1998.

 

 

reddition de Breda
Huile sur toile, 307 x 367 cm
Museo del Prado, Madrid

 

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01/07/2006

Le Pélerinage à Cythère (Watteau)

               Le Pélerinage à Cythère


                                                               d'après Watteau

     Ils avaient débarqué, les barons, les comtesses,
     Les chambellans lustrés, les chevaliers ravis,
     Les marquises, les ducs, les frivoles princesses,
     Tous, en habits pimpants, tous, contents et conquis.


     Sur le gazon humide, ils s’étaient installés,
     Posant nappe et couverts, débouchant les amphores ;
     Au grand soleil, le vin avait coulé, coulé…
     La nuit descendue, ils en demandaient encore !


     Sous la lune, on alluma torches et lumières,
     Et l’on reprit, joyeux, le chemin du vaisseau,
     Qui dormait, feux éteints, immobile sur l’eau.


     On évoqua, longtemps, cette fête à Cythère,
     Son pique-nique heureux, ses douces farandoles,
     Ses singes grimés, faisant bonds et cabrioles.


                                                            Jean-Paul Labaisse 1997.

 

     Huile sur toile,129 x 194 cm
     Musée du Louvre, Paris

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La Gouvernante (Chardin)

               La Gouvernante


                                                             d'après Chardin


     C’est un petit garçon portant ses beaux habits,
     Bas blancs, souliers cirés, boutons à sa tunique ;
     Il se tient droit, les yeux baissés, comme indécis,
     Des livres dans les mains : grammaire, arithmétique…


     Près de lui, une femme a posé son ouvrage,
     Et brosse le chapeau verni du petit homme ;
     Elle parle, et sa voix murmure les mots sages,
     Les mots tendres : " sois gentil, travaille, bonhomme ! "


     Gisent, sur le parquet, des objets délaissés,
     Des cartes à jouer, des dessins poussiéreux,
     Une raquette, un ballon, un volant froissé.


      Derrière la porte, on entend des bruits joyeux,
      Des voix d’hommes, des cris, et le garçon s’en va,
      Très fier, tricorne au front, ses livres sous le bras.


                                                              Jean-Paul Labaisse 1997. 

 

 

      Peinture sur toile, 46 x 37 cm
      musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa

 

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Les Bergers d'Arcadie (Poussin)


     Poussin, églogue, belle et tranquille harmonie,
     Sylphides et bergers à l’ombre des cyprès,
     Pendant que frissonne et bruit un ruisseau secret
     – Le temps s’est arrêté, ici, en Arcadie…

 

         

                 Et in Arcadia ego
                (Les Bergers d'Arcadie)

 


     C’est un tombeau dormant dans l’humus et la mousse,
     Caressé par le ciel, les nuages, les arbres ;
     C’est un gris sarcophage, un mausolée de marbre,
     Où frémit le ruisseau, où geint la brise douce.


     Ici, pas de bruit, pas d’agitation vaine,
     Mais rien que la chanson du zéphyr et de l’eau ;
     Là, le calme et la paix, que dérangent, à peine,
     Des tintements lointains, des bêlements d’agneaux.


     Près du tombeau désert, des bergers parlent, causent,
     Méditant longuement sur l’homme qui repose,
     Inconnu et serein, sous le marbre et les fleurs.


     Ils peuvent lire, inscrits sur la pierre verdie,
     Cachés sous l’herbe et l’humus, les mots du bonheur,
     Les mots sages : " Ici, je suis en Arcadie ".


                                                          Jean-Paul Labaisse 1997.

 

     Huile sur toile, 85 x 121 cm
     Musée du Louvre, Paris

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25/06/2006

Rembrandt 

Rembrandt, triste hôpital tout plein de murmures,
Et d’un grand crucifix décoré seulement,
Où la prière en pleurs s’exhale des ordures,
Et d’un rayon d’hiver traversé brusquement.

                                                          Charles Baudelaire

          La Ronde de Nuit

     Ils s’étaient rassemblés, sans hâte, sous le porche,
     Soldats, tambours-majors, sergents, arquebusiers,
     Avec leurs fusils, leurs piques, leurs boucliers ;
     Les visages brillaient, sous la clarté des torches.


     L’un charge son mousquet, l’autre brandit sa lance ;
     Plein de ferveur, l’enseigne élève le drapeau.
     Rondaches, hausse-cols, des plumes aux chapeaux…
     Quelle allure, en leurs beaux habits, que de prestance !


     Le capitaine Cocq tend le bras et s’avance ;
     A ses côtés se tient, attentif, l’ordonnance,
     Pendant que bavarde et muse la compagnie.


     Et l’officier de dire : " Allons ! ", et ils allèrent,
     Tout joyeux, défilant dans la ville fleurie,
     Escortés d’enfants, et de blondes cantinières.


                                                       Jean-Paul Labaisse 1995.

Ronde de nuit

Huile sur toile, 359 x 438 cm
Rijksmuseum, Amsterdam

Ronde Nuit 3D full

Etonnante Ronde de Nuit en 3D, sur la Rembrandtsplein d'Amsterdam  

 

  

La Leçon d'Anatomie du docteur Nicolas Tulp

     Tous, ils regardaient, fascinés, captivés ; tous,
     Ils s’étaient réunis, devant le corps livide
     De cet inconnu, dont la chair, déjà putride,
     Semblait rose et bleue. Ils observaient, sans dégoût,


     Sans peur, le médecin qui découpait la peau,
     Le membre, calmement ; on distinguait, sans peine,
     Les muscles, les tendons, les artères, les veines,
     Qui se mêlaient, formant de délicats réseaux.


     Le docteur Nicolas Tulp, chapeau noir, col blanc,
     Donnait, gravement, sa leçon d’anatomie,
     Montrant les vaisseaux, les tissus sanguinolents,


     Les ligaments, les chairs blêmes et amollies.
     Et chacun regardait, observait, tout ému,
     Ce corps sans vie, ce corps superbe et inconnu.


                                                       Jean-Paul Labaisse 1995.

Huile sur toile, 162 x 216 cm
Mauritshuis, La Haye

          La Fiancée Juive

     Elle lui tient la main, ferme un instant les yeux ;
     Il a posé le bras sur son épaule claire.
     Dans la pénombre calme où languit la lumière,
     Ils sont Roi et Reine, ils s’aiment, les amoureux….


     Elle a mis son collier de perles, ses bijoux,
     Ses bagues, ses bracelets, ses boucles d’oreille.
     Sa robe resplendit, brille, toute vermeille ;
     Dans l’ombre douce luisent ses longs cheveux roux.


     Il porte un manteau de brocard resplendissant,
     Une cape en velours, une veste soyeuse.
     Elle soupire, il rit, dans le jour finissant.


      Tous deux, ils imaginent la noce joyeuse,
      Ils rêvent de ce long bonheur qui les attend,
     Et entendent, déjà, des cris d’enfants contents.

                        
                                                    Jean-Paul Labaisse 1997.

Fiancée juive

Huile sur toile, 121 x 166 cm
Rijksmuseum, Amsterdam

 

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20/06/2006

Les Vanités (Steenwyck)

          Les Vanités


                                           d'après Steenwyck

     Sur une table, en vrac, un sabre, une coquille,
     Une lampe éteinte, une amphore lisse et vide,
     Un chronomètre, un livre aux pages translucides,
     Un luth, un chalumeau, un crâne, qui scintille.


     Ce vase contenait du vin, en abondance ;
     Ce pipeau, cette flûte ont charmé les oreilles ;
     Des doigts ont effleuré ces pages, en silence,
     Eclairés par la lampe à la flamme vermeille...


     Clepsydres, sabliers, horloges et cadrans,
     Vous réglez l’Univers, vous dominez le Temps.
     Le sable et l’eau, coulez ! Aiguilles, avancez !


     Homme, larve d’un jour, songe d’une seconde,
     Se flétriront ta chair, tes muscles, ta peau blonde
     – Et tu seras tel ce crâne vide et glacé….


                                             Jean-Paul Labaisse 1997.

Huile sur bois, 39 x 51 cm
National Gallery, Londres
 

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19/06/2006

La Fillette à l'Oiseau Mort (artiste inconnu)

     La Fillette à l'Oiseau Mort

                d’après un artiste inconnu, début du XVIème siècle



     C’est une fillette, trois ou quatre ans à peine,
     Robe toute simple et bonnet sur les cheveux ;
     Elle a le front bombé, le nez rond, les joues pleines,
     La bouche mince et boudeuse, d’immenses yeux.


     Elle a recueilli ce petit oiseau blessé,
     L’a posé sur sa main avec délicatesse ;
     Puis elle a réchauffé le corps plein de faiblesse,
     Caressant doucement son plumage froissé.


     L’oiseau, le petit oiseau semble avoir si froid !
     Elle ferme les mains, elle serre très fort.
     Mais le cœur a cessé de battre, sous ses doigts…


     Elle regarde au loin, sans parler, sans sourire,
     Et ses yeux, ses grands yeux étonnés semblent dire :
     " Pourquoi, pourquoi le petit oiseau est-il mort ? "


                                Jean-Paul Labaisse, juin 2006 - octobre 2009.


fillette à l'oiseau

Peinture sur bois, 36 x 29 cm
Musées Royaux des Beaux-Arts, Bruxelles

Voir la magnifique vidéo de Vincent Gille, écrivain, poète et commissaire d’expositions :
http://a1692.g.akamai.net/f/1692/2042/7d/lunettesrouges.b...

 

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01/06/2006

 Pornokratès (Félicien Rops)

                 Pornokratès
          (La Femme au Cochon)

 

                                                           d'après Rops

 

     Bas, gants et chapeau noirs, rubans bleus, mousseline,
     Elle promène en laisse un aimable cochon,
     Comme un sage loulou, comme un tendre bichon…
     Elle a sur les yeux un bandeau d’étoffe fine.


     Elle va toute nue, et de si peu parée,
     Montrant son ventre et ses cuisses, ses seins parfaits,
     Telle une reine inconnue, et son seul sujet
     Est ce porc rose et dodu, à la queue dorée.


     Elle marche sans voir où ses pas la conduisent,
     Et le joli cochon la dirige à sa guise,
     Sur les chemins les plus boueux et les plus sales.


     Ainsi toujours elle ira, aveugle princesse,
     Femme, femelle, diva, putain ou déesse,
     Offrant à tous ses seins et ses fesses royales !

 

                                                      Jean-Paul Labaisse,  mai 2006.

 

Aquarelle et Pastel, 75 x 45 cm
Collection de la Communauté francaise de Belgique


à propos de Félicien Rops (1833-1898)

L'anticonformiste et l'illustrateur le plus renommé de son époque
a notamment illustré "Les Epaves" de son ami Charles Baudelaire, qui écrivait :

"A dire là-bas combien j'aime ce tant
         folâtre Monsieur Rops"

 

"Rops, cet étrange tempérament, mi-littéraire mi-artistique,
hanté par le surnaturel macabre, funèbre, démonique,
ce dilettante d'érotisme, ce gourmet du vice,
poussant la polissonnerie jusqu'au génie"
                                             Emile Verhaeren

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29/05/2006

L'Enlèvement des Filles de Leucippe (Rubens)

L’Enlèvement des Filles de Leucippe

                                                                d'après Rubens


Ils étaient descendus du ciel immaculé,
Et leurs chevaux fameux, leurs fébriles montures,
Etiraient au soleil leurs fières encolures,
Mélangeant leurs sabots, arquant leurs dos musclés.


Et Castor et Pollux, les jumeaux merveilleux,
Ont penché leurs regards : ils ont vu ces deux filles
A la peau rose et fraîche, aux cheveux qui scintillent,
Dormant dans les rayons du jour délicieux.


Sur leurs bras vigoureux, sur leurs poitrines nues,
Ils portent calmement les adorables Vierges,
Les soulèvent, très loin, vers d’invisibles nues.


Au milieu des soleils, des comètes, des cierges,
Brillent deux astres blonds, deux planètes nouvelles,
Qui tournent, sans fin, autour d’étoiles jumelles !

                                                             Jean-Paul Labaisse 1999.

Huile sur toile, 224 x 210 cm
Alte Pinakothek, Munich

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27/05/2006

Louis XIV (Rigaud)

          Louis XIV

                                                      d'après Rigaud

     Il est debout, bien droit dans la belle clarté,
     En manteau d’apparat aux lourds et larges plis,
     Brocart de satin bleu où débordent les lys,
     Bas blancs, souliers vernis, une épée au côté.


     Tout autour, des tentures aux reflets vermeils,
     De profonds tapis, des fauteuils fleurdelisés.
     Il est debout, teint frais et regard avisé :
     Voici Louis le Grand, voici le Roi-Soleil !


     On ne sait si son visage est triste ou joyeux ;
     La bouche ne sourit pas, un peu ironique,
     Les yeux sont à la fois durs et malicieux…


     Il est Louis Quatorze, Prince magnifique,
     Ni bon, ni mauvais… Il est simplement le Roi,
     Au-dessus de ce monde, et au-delà des lois.

                                                                Jean-Paul Labaisse 2006

Louis XIV

Huile sur toile, 277 x 194 cm
Musée du Louvre, Paris 

 

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26/05/2006

Le Tricheur (Georges de La Tour)

Georges de La Tour, jeux d’ombres, faibles lueurs,
Madeleine à la clarté douce des veilleuses,
Nouveau-nés endormis dans la nuit bienheureuse,
Paysans rudes, gens de peu, pauvres vielleurs.

 

          Le Tricheur

 

A la table installés, des joueurs singuliers :
Sur la droite, un garçon indolent, traits de fille,
Plume au chapeau, gilet, des étoffes qui brillent;
Une dame bien mise, au centre, grand collier,


Corsage entrebâillé, perles et bijoux faux,
Regardant de biais, par d’étranges manières;
A gauche, un gentilhomme, yeux noirs, lèvres sévères,
Qui se tourne, cherchant des cartes dans son dos.


Allongeant la main, la courtisane fait signe,
Et sa servante, l’œil vif, la mine maligne,
Laisse couler le vin, en des coupes immenses.


Sur la table, de l’or, des deniers répandus…
Et le jeune homme joue, boit, rit, bel ingénu
S’étonnant seulement de son manque de chance.

                                                               Jean-Paul Labaisse 1998.

 

Le Tricheur à l'as de carreau
Huile sur toile, 106 x 146 cm
Musée du Louvre, Paris 

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25/05/2006

Bruegel

Bruegel, fête flamande, avec des cornemuses,
D’inlassables danseurs, qui viennent et qui vont,
Levant les pieds, les bras, tournant, faisant des bonds,
Des paysans pansus, qui musent et s’amusent.


La Danse de la Mariée en Plein Air


Ils dansaient, ils dansaient, les heureux paysans,
Par deux, par trois, par quatre, ouvrant des farandoles
Joyeuses, formant des rondes vives et folles,
Qui tournaient, tournoyaient, au soleil bienfaisant.


Les hommes s’élevaient du sol, jambe tendue,
Et les femmes faisaient voler leurs coiffes blanches ;
Ils sautaient, bondissaient, sur la terre battue,
Torse en avant, menton dressé, mains sur les hanches.


Celui-ci s’est tourné, pour taquiner sa mie ;
S’embrassent ces deux-là, dans les ombres amies ;
Un bonnet sur les yeux, cet autre va, vient, muse…


On mange de la soupe, on boit d’épaisses bières…
Et tous, de danser, de courir, en la clairière,
Au son des hautbois, des flûtes, des cornemuses.

                                                            Jean-Paul Labaisse 1995.

 

Danse des Paysans
Huile sur bois, 114 x 164 cm
Kunsthistorisches Museum,Vienne

 

 

 

          La Chute d’Icare


Il était monté, très haut, très loin, vers le ciel,
Vers le soleil, vers Dieu, vers les sublimes sphères ;
Il avait tournoyé, sur ses ailes légères,
Bercé par le chant de séraphins irréels.


Il est tombé, tombé, dans l’espace et le vide,
Dévalant l’air et l’éther et les nimbus blancs,
Voltigeant parmi les albatros, les milans,
Plus vif que le vent, plus leste qu’une sylphide…


Un paisible berger conduisait ses moutons ;
Penché sur l’onde, un homme attrapait les poissons ;
Dans son champ labourait un paysan placide.


Passaient des galions, des barques minuscules,
Des caravelles – Dans la mer toute splendide,
Deux jambes s’agitaient, petites, ridicules.

                                                            Jean-Paul Labaisse 1995.

 

Huile sur bois, 73 x 112 cm
Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles

 

La Tour de Babel



Au pied de la cité s’élevait une tour
Formidable, accrochant le ciel et les nuages,
Avec des blocs, des mâts, de fiers échafaudages,
Des contreforts, des treuils, des piliers, tout autour.


Les maçons, les tailleurs de pierre, les verriers,
Allaient et venaient dans ce chantier gigantesque,
Dérisoires fourmis, laborieux carriers,
Echafaudant, sans fin, ce monument grotesque.


Et la tour monta, jusqu’aux cieux, jusqu’au soleil,
Jusqu’à Dieu même qui, sortant de son sommeil,
S’épouvanta de cet édifice incongru.


Les hommes, depuis lors, ne se comprennent plus,
Et la Tour, l’orgueilleuse Tour aux mille étages,
Penche, inachevée, au milieu du paysage.

                                                          Jean-Paul Labaisse 1995.

 

Huile sur bois, 116 x 160 cm
Kunsthistorisches Museum,Vienne

    

     Les Chasseurs dans la Neige

Des montagnes, des pics montraient leurs cimes blanches.
Des oiseaux passaient, traversant le ciel couvert.
La neige s’étalait sur le sol, sur les branches.
Il faisait froid, il faisait sec. C’était l’hiver.


Les cieux paraissaient gris, et ternes, comme obscurs.
Partout, la neige avait posé son blanc manteau.
Sur l’étang circulaient des hommes, des traîneaux,
Qui glissaient, calmement, dans le silence pur.


Les chasseurs revenaient, portant de longs bâtons.
Leurs bottes s’enfonçaient dans la neige soyeuse ;
Suivaient les chiens, trottant, reniflant chaque tronc.


Ce soir, assis devant les flammes bienheureuses,
Ils chaufferont leurs pieds glacés, puis, sur leurs sièges,
S’assoupiront, pendant que tombera la neige.

                                                           Jean-Paul Labaisse 1995.

 

Huile sur bois, 117 x 162 cm
Kunsthistorisches Museum,Vienne

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24/05/2006

Bosch

Bosch, jardin plein de fruits et de fraises énormes,
Ondines et baigneurs qui se pâment sur l’eau,
Des fours, des feux, sans fin, d’absurdes animaux,
Lézards, guivres, dragons, rats, hybrides difformes.

 

           L'Enfer

 

Ils sont cent, ils sont mille, ils sont des millions
A cuire dans les fours de ce puant cloaque ;
Partout, des fleuves de sang, de fétides flaques,
Des flammes et des feux, le fer en fusion !


Ici, un homme est dévoré par des cerbères ;
Là, un bougre se bat contre une truie, en rut.
Ce pécheur est lié à un énorme luth ;
A cet autre, on a mis une flûte, au derrière...


Ecrasant les corps, s’avance un char de bataille,
Formé de deux oreilles, et d’un grand couteau,
Qui découpe les chairs, déchire les entrailles.


Assis sur un cabinet, un horrible oiseau
Avale bras et troncs, s’empiffre, goulûment,
Pendant que se remplit une mer d’excréments.

                                                               Jean-Paul Labaisse 1997.

 

L'Enfer, aile droite du "Jardin des Plaisirs"
Huile sur bois, 220 x 97 cm
Museo del Prado, Madrid

 

 

 

         Le Jardin des Plaisirs

 

C’est un jardin rempli de succulentes choses,
Avec des fleurs, des fruits, des étangs, des rivières,
Des parfums entêtants, des musiques légères,
Et des fraises offrant leurs chairs douces et roses.


Ils vont, ils vaquent, innombrables, indécents,
Hommes et femmes mélangés dans l’herbe grasse ;
Ils se touchent, se pâment, s’embrassent, s’enlacent,
Et font des jeux qui ne semblent pas innocents...


Dans l’eau du ruisseau, elles nagent, toutes belles...
On aperçoit leurs longs cheveux, leurs formes blanches,
Leurs seins délicieux, leurs ventres doux, leurs hanches...


D’étranges cavaliers caracolent près d’elles,
Et tournent, tournent, sans fin, sur leurs étalons,
Qui piaffent, hennissent, poussent d’énormes bonds.

                                                             Jean-Paul Labaisse 1997.


Le Jardin des Plaisirs, panneau central
Huile sur bois, 220 x 195 cm
Museo del Prado, Madrid

 

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Les Epoux Arnolfini (Van Eyck)

          Les Epoux Arnolfini


                                   d’après Van Eyck


Ils se tiennent la main, debout devant le lit.
Il porte un long manteau soyeux, bordé d’hermine ;
Elle a sa robe verte, avec plis et surplis,
Une coiffe blanche et chaste, en dentelle fine.


Solennel, il étend le bras, mine hautaine ;
Elle a mis la main sur son ventre, déjà rond.
Il paraît sévère ; elle a un air doux et bon.
Ils sont jeunes époux, depuis une heure à peine.


A leurs pieds se tient un petit chien, tout joyeux,
Le poil lisse et lustré, les yeux malicieux,
Qui remue la queue, et que l’on entend gémir.


Dans le fond trône, immense, un lit à baldaquin
- Et ce sera bien bon, de s’en aller dormir,
En ses draps parfumés, sur de moelleux coussins !

                                                            Jean-Paul Labaisse 1996.

 

Détrempe à la résine sur bois, 82 x 60 cm
National Gallery, Londres

 

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La Tempête (Giorgione)

          La Tempête

                                                 d’après Giorgione


C’est une campagne étrange, en des temps anciens,
Avec un ciel plein d’épais et pesants nuages ;
Peu de soleil, sur ce paysage incertain.
Au loin se lève le vent, et gronde l’orage…


Et ces éclairs, partout, et ce ciel obscurci,
Et ces arbres qui ploient, et ces buissons qui plient !
Est-ce la fin du jour, le début de la nuit ?
Où sommes-nous, Provence, Espagne, Vénétie ?


Il y a cette femme allaitant son enfant,
Paysanne, bohémienne, qui est-elle ?
Son regard paraît un peu triste, comme absent.


Il y a ce soldat, paisible sentinelle,
Attendant calmement que passe la tempête
Sur cette campagne abandonnée, et secrète.

                                                           Jean-Paul Labaisse 2006.

 

Huile sur toile, 82 x 73 cm,
Galleria dell'Accademia, Venise

 

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Titien

Titien ,la clarté douce de l'Italie,
D’indolentes Vénus aux longs cheveux de lin,
Dans la soie et l’or de palais vénitiens,
Silène et Pan, parmi les bacchantes hardies.

 

          Bacchus et Ariane

 

Ils viennent, ils vont, à travers bois et chemins,
Les satyres joyeux, les agiles ménades,
Soufflant dans les syrinx, frappant des tambourins,
Et l’on chante et danse, en cette agreste ballade.


On y voit Laocoon, et Silène, et Bacchus,
Et les lutins des bois, et les nymphes malignes,
Sautillant, gambadant sur la mousse et l’humus,
Demi-nus, couronnés de pampres et de vignes.


Sur le chemin paraît la princesse Ariane,
Douce comme Vénus, chaste comme Diane,
Et le vent léger flotte en sa robe et ses voiles.


Bacchus, ivre , troublé, plein d’adoration,
Prend sa couronne, et la jette vers les étoiles,
Très haut, faisant jaillir les constellations !

                                                            Jean-Paul Labaisse 1997.

 

Huile sur toile, 172 x 188 cm
National gallery, Londres

 

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Raphaël

Raphaël, frais dessins, fresques, tapisseries,
Habiles trompe-l’œil où s’entrouvre le ciel,
Madones, chérubins doux, anges irréels,
Qui paraissent dormir, au milieu des soieries.

 

          L'Ecole d'Athènes

 

Sur les marches du temple, ils parlent, gravement,
Philosophes, géographes, musiciens,
Astronomes, docteurs, mathématiciens,
Les sages citoyens, les Athéniens savants.


Tous, ils parlent, tous, ils pensent, tous, ils débattent,
Ptolémée, Zoroastre, Euclide, Anacréon,
Le fameux Pythagore, Alexandre et Socrate,
Aristote, tel un dieu, l’immense Platon...


Le coude sur le marbre, yeux fermés, barbe blonde,
Un homme dort, perdu dans ses songes secrets ;
C’est Héraclite, qui fait et défait le monde.


Couché contre le sol, déguenillé, sans gêne,
Un étrange vieillard ne pense pas, se tait,
Indifférent à tout ce bruit : c’est Diogène.

                                                          Jean-Paul Labaisse 1997.

 

Fresque, largeur 7,72 m
Stanza si Raffaello, Vatican, Rome

 

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22/05/2006

Michel-Ange

"Michel-Ange, lieu vague où l’on voit des Hercules
Se mêler à des Christs, et se lever tout droits
Des fantômes puissants qui dans les crépuscules
Déchirent leur suaire en étirant leurs doigts."


                                        Charles Baudelaire

 

 

               La Sibylle de Delphes

 

     Elle porte une robe à l'étoffe moirée,
     Une cape de soie aux reflets somptueux,
     Enveloppant son corps d'un drapé luxueux ;
     Un rayon fait briller sa blouse diaprée.


     Près d’elle, des bambins montrent leurs fesses roses.
     Elle tient entre ses mains le parchemin fameux,
     Le livre mémorable écrit du doigt de Dieu ;
     On dirait qu’elle attend quelqu’un ou quelque chose…


     Elle tourne la tête et son bras se soulève ;
     Sa lèvre bouge un peu, voudrait-elle parler ?
     Le regard semble ailleurs, le front paraît troublé…


     Serait ce une pythie, une déesse, un rêve ?
     Elle énonce l’Oracle et déchiffre l’Augure,
     Disant la vie ou la mort de sa bouche pure.

                                                            Jean-Paul Labaisse 1999.

 

michelange_sibyllededelphes

Fresque, 350 x 380 cm
Chapelle Sixtine, Vatican, Rome

 

 

 

               La Création d'Adam

 

     Allongé sur la mousse, Adam faisait un somme.
     Il était faible encore, œil vague, gestes lents,
     L'esprit vide, les mains et les bras indolents ;
     Il ne rêvait ni ne pensait, le premier homme…


     Adam dormait, plongé dans la catalepsie,
     Et ce froid du néant qui ressemble à la mort ;
     Il frissonnait un peu, il soulevait son corps,
     Se tournant mollement sur sa couche transie.


     Mais Dieu, penché sur sa créature fragile,
     Pensait avec fierté : " j'ai fait cela, en somme.
     Hier, de la glaise informe ; aujourd’hui, chair gracile ! "


     Le doigt de Dieu toucha soudain le doigt de l’homme,
     Son souffle emplit son cœur, son Œil frappa ses yeux,
     Qui s’ouvrirent, enfin, sous le soleil radieux.

                                                           Jean-Paul Labaisse 1997.

 

Fresque, 280 x 570 cm
Chapelle Sixtine, Vatican, Rome

 

               David

 

     C'est un jeune homme au corps mince et musclé,
     Qui se tient debout, la main sur la cuisse,
     Traits fermes, regard fier, cheveux bouclés.
     Son torse est large et sa peau douce et lisse...


     Debout, il s’appuie sur la jambe droite,
     Et sa main tient une fronde légère ;
     Front plissé, serrant ses lèvres étroites,
     Il tourne son cou puissant, œil sévère.


     Il attend, debout, corps souple et tranquille,
     Ne parlant pas, le regard immobile,
     Tenant toujours la fronde meurtrière.


     Il est debout, appuyé sur la jambe ;
     Dans ses yeux, ses grands yeux pleins de colère,
     On voit un feu qui couve et brille et flambe !

                                                           Jean-Paul Labaisse 2006.

 

Marbre, hauteur 434 cm
Galleria dell'Accademia, Florence

 

David, détail

 

22:39 Écrit par Jean-Paul dans Tableaux d'une Exposition | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les Noces de Cana (Véronèse)

               Véronèse, plafonds et lambris précieux,
               Les palais de Venise échappés dans la brume,
               Une foule immense aux incroyables costumes,
              Toges, burnous, turbans, draps vermeils, brocarts bleus.

       

                          Les Noces de Cana


 

     Ils étaient assis, joyeux, à la grande table,
     Les vizirs, les marchands, les riches échevins,
     Les ambassadeurs, le Doge, les connétables.
     Tous, ils mangeaient, parlaient ; tous, ils buvaient du vin.


     Surplis bleus, turbans d’or, robes multicolores,
     Habits chic et pimpants, soie, velours, lin, coton…
     Passaient d’énormes plats, de luisantes amphores,
     Pendant que s’affairaient cuistots et marmitons.


     On entendait gémir les luths, les violes lasses,
     Les sacqueboutes, les cornets, les contrebasses ;
     Des flûtes s’évaporait l’haleine des anges…


     Au milieu des prélats, des princes, des seigneurs,
     Un homme se tient, droit et calme; il boit, il mange,
     Et personne ne voit cet étrange dîneur.

                                                               Jean-Paul Labaisse 2000.

Huile sur toile, 677 x 994 cm
Musée du Louvre, Paris 

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